Affichage des articles dont le libellé est Griffe d'encre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Griffe d'encre. Afficher tous les articles

mardi 3 juin 2014

Tambours dans la nuit, par Victor Dixen

Griffe d'encre, 2014

France, langue française

 

A 18 ans, la fierté au cœur et la frappe puissante, le jeune tambour Pierre Valandrin part à la conquête de la Russie, au sein du 1er corps du 111ème régiment d’infanterie de la grande armée Napoléonienne. Aux côtés de milliers d'hommes, mais surtout de Paulin, qui a le même âge que lui et qui deviendra vite son ami, la campagne démesurée d’expansion de l'empire vers l'Est commence. Au son des tambours et des fifres, ils entrainent leurs compagnons, la gorge asséchée par la poussière des chemins creux et l'estomac vidé par la politique de terre brulée de l'ennemi. C'est l'été, les villes tombent une à une, non sans résister. Mais toujours s'offre au crépuscule le triste tableau de lieux ravagés, invariablement dépouillés de toute nourriture...

Les mois passent, les villes résistent de plus en plus, et le froid terrible s'abat sur les troupes. Pierre tient le coup grâce à la camaraderie, mais surtout grâce au souvenir tenace du regard féminin dérobé au détour d'une grange, à ces yeux bleus profonds, au visage angélique de cette jeune inconnue qui le hante depuis.

La nuit venue, alors que la fureur des batailles devrait laisser place au silence, le son des tambours résonne encore. C'est le fracas du régiment dont personne ne parle, le régiment que tout le monde oubliera, et dont aucune mention ne sera faite dans les livres d'histoires. L'effroyable, terrible et mystérieux régiment anonyme...


Victor Dixen mène tambour battant cette chronique de la campagne de Russie qui, nous le savons, marqua le déclin, puis la chute, de l'aigle Napoléonien. C'est au cœur même des troupes que nous nous trouvons propulsés, vivant les horreurs de la guerre, à travers l'expérience de Pierre.

La narration est prenante, je me suis vite laissé entrainer sur les routes et les champs de batailles, partageant le quotidien du héros. Ce livre se lit rapidement (c'est une novella), et je l'ai refermé avec cette envie profonde de me pencher plus sérieusement sur ce pan de l'histoire dont je ne connais que ce qu'a bien voulu laisser en moi les quelques heures passées sur les bancs de l'école. Cette curiosité cependant n’empêche pas l'absolue confiance que l'auteur inspire, on accepte en effet sans ciller la vérité historique des événements dépeints entre les pages de son récit. Et c'est cette réalité historique qui rend plus appréciable encore cette incursion dans le fantastique... Car, oui, c'est bien de fantastique dont il s'agit ! Je vous laisse le soin, chers amis lecteurs, de découvrir la saveur particulière, subtile mais terrible que distille la proximité de ce régiment anonyme.

 

"Tambours dans la nuit" est une novella qui sert de prélude au roman "Animale", qui lui est plutôt destiné à un lectorat plus jeune. Son auteur, Victor Dixen, est le coup de cœur des Imaginales 2014, partenaire avec lequel les éditions Griffe d'encre viennent donc de publier l'ouvrage en une édition limitée à 500 exemplaires (je suis l'heureux possesseur du N° 76, et ai la joie d'avoir une dédicace de l'auteur (je ne pouvais garder plus longtemps ce plaisir égoïstement !)). Encore une belle publication de chez Griffe d'encre, dont j'ai déjà vanté les mérites de l'anthologie "Virus" il y a quelques mois, et dont je reparlerai sans nul doute dans les mois à venir.

Je vous invite instamment à cliquer sur le lien plus bas, afin de commander ce livre qui, je pense, va vite se trouver épuisé. Et il me semble judicieux de vous préciser le geste noble de l'auteur, qui reversera l'intégralité de ses droits acquis au Bleuet de France, œuvre caritative qui s'occupe d'apporter un soutien aux anciens combattants et victimes de guerres.

 

Pour acheter ce livre sur le site des éditions Griffe d'encre, c'est ici.

Quant au (très beau) site de l'auteur, il est là !

 

Quatrième de couverture :

Quand se taisent les trompettes des batailles, s’éveillent les tambours de la nuit...

1812. Pierre, dix-huit ans, s’engage dans les troupes de Napoléon. Quelques jours plus tard débute la plus ambitieuse guerre de l’Empereur : la campagne de Russie. Mais la musique de la conquête n’est pas faite que de marches victorieuses. D’où viennent les sinistres roulements de tambours qui résonnent après le crépuscule ? Qui sont les membres du régiment anonyme, unité de la Grande Armée oubliée des livres d’Histoire ?
D’adagio en fortissimo, de misterioso en furioso... Victor Dixen réorchestre l’une des pages les plus terribles de notre passé, dans une vertigineuse symphonie en six mouvements.

 


Tambours dans la nuit, par Victor Dixen.
Griffe d'encre.
26 mai 2014, 80 pages. 8 euros
Couverture d'après l'oeuvre de Jean-Charles Langlois.


ISBN: 979-10-92349-04-7

lundi 21 octobre 2013

Virus, anthologie

Griffe d'encre, 2013

France, langue française.

—  H5N1, par Frédérique Lorient
Nulle surprise, lorsque la petite fille en visite au musée pense voir un ange quand une mésange s’y introduit par accident. C’est la première fois qu’elle voit un oiseau voler…
H5N1 propose une bonne introduction à cette anthologie : une idée bien menée, pour arriver à un final qui, même s’il est un brin prévisible, est assez efficace. Je trouve également à cette nouvelle, avec le recul qu’apporte la lecture intégrale de l’anthologie, une certaine forme de poésie… peut-être due au bleu de l’oiseau rebelle…

Rouge cerise à pois blancs, par Véronique Pingault
AAAAAA-tcha ! À tes souhaits. Voilà le virus tant redouté, non pour sa virulence, mais pour l’annihilation de l’inspiration qu’il provoque. Sauf que cette fois-ci, non seulement l’inspiration est bien présente, mais semble incroyablement décuplée…
Cette nouvelle est drôle, décalée, génialement saugrenue, maitrisée à la perfection. Véronique Pingault est une auteur que je découvre (comme la plupart ici), et sur l’œuvre de laquelle je vais essayer de me pencher un peu plus…

Utopie en sursis, par Isabelle Guso
Quoi de plus logique que d’emprunter l’escalier vide pour monter en classe, plutôt que celui surchargé ? Ce simple geste commis par sa fille, pourtant, va chambouler la vie d’Audrey. Car il va à l’encontre des principes, et nul n’a jamais osé, ni même pensé, le faire : monter par l’escalier prévu pour descendre est un signe de rébellion tout simplement inadmissible…
Cette nouvelle qui, avec ses quarante pages, occupe à elle seule un tiers de l’anthologie, nous fait gentiment sombrer dans une douce paranoïa, nous enfonce profond le doute sur notre existence, et fait germer (ou entretient, c’est selon) la terrible suspicion du complot. Cela commence sur un ton plutôt humoristique, pour se terminer sur une triste constatation, celle qui nous fait penser qu'il est plus facile de croire ce qu’on veut bien nous faire croire (la vie aseptisée, édulcorée, parfaitement réglée), plutôt que la sombre vérité crue, terrible, à peine crédible, et pourtant bien réelle.

Mise à jour, par Pénélope Chester
Autoscan. Aucune menace détectée. Voici comment commence la journée du robot du foyer, avant de préparer le petit déjeuner de ses maîtres. Autoscan. Aucune menace détectée. Rien d’anormal pour ce robot plus que normal, serviable, mais qui pourtant a peur. Autoscan. Peur des virus.
Une courte histoire, sympathique, presque une anecdote, qui se présente comme une petite bulle d’oxygène, après l’immersion totale en apnée de la précédente, et la chute (qu’on ne connait pas encore) provoquée par la suivante. De l’art de maîtriser le façonnage d’une anthologie…

Quand les clowns en treillis font gémir la musique, par Fabien Clavel
Le virus se répand, le symptôme est terrible, et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Il défigure ceux qui en sont touchés, les faisant ressembler à des clowns, avec leur nez rouge, leurs cheveux épars, leur teint blafard. Un mélange de l’auguste, croisé au triste clown blanc, sérieux, austère, voire, finalement, potentiellement dangereux…
Le clown est parfois bien plus qu’une métaphore. Le titre, tiré de la chanson d’Hubert-Felix Thiefaine « 542 lunes et 7 jours environ », est plus qu’adapté à la gravité de l’histoire. Je suis peut-être bon public pour ce genre de choses, mais chapeau monsieur Clavel, qui fait que le hasard de la publication de cette anthologie, en cette période à nouveau trouble politiquement, fait résonner votre nouvelle d’un son grave qu’il serait de bon ton que l’on entende, et comprenne une bonne fois pour toutes !

Intrafolie, par Raymond Iss
Un itsi bitsi touni ini, tout petit, petit bikini… voilà la chanson typique, qui s’ancre dans le crâne au réveil, et dont on n’arrive pas à se défaire de la journée. Surtout quand elle est jouée en boucle par un intrafone défectueux !
Deuxième bulle d’oxygène, on en avait bien besoin après la claque assénée par Fabien Clavel juste avant et celle - on ne le sait pas encore - qu’on va recevoir avec l’histoire d’après. Mince, ici, Raymond Iss nous délivre une histoire drôle (non, non, je vous assure, elle est vraiment amusante !). Je dois avouer l’avoir lu ce matin, et avoir eu cette rengaine de Dalida dans la tête une bonne partie de la journée. Humour impeccable, ouf, ça fait du bien ! Merci Monsieur Iss (mais pas pour Dalida) !

Flocon rouge, par David Osmay
Bloquer le vieillissement. Pouvoir vivre longtemps, peut-être éternellement, débarrassé de tout type de virus. Un rêve. Un rêve ? Vraiment ? Même quand le Vaccin a été injecté à une petite fille tout juste ado, bloquant ainsi sa croissance.. ? Et si le rêve, s’était finalement de pouvoir vieillir ?
Voilà, une nouvelle claque. Oh ! Dans l’absolue l’idée pourrait être relativement simple. Mais ce qu’en fait David Osmay est magnifique. La narration est parfaite, et nous accroche tellement à la fatalité de ce qui arrive à cette fille que le dénouement – et quel dénouement ! – pourtant si évident quand on y repense ensuite, ouvre en grand les portes de l’espoir à toute personne qui subit le terne quotidien d’une vie de paria. J’aime. Voilà encore un auteur que je vais essayer de connaître un peu plus.

Contagion, Bruce Holland Rogers, traduit par Lionel Davoust
Un virus ? Rien moins qu’une aubaine financière pour les gros P.-D. G. qui débattent du comment propager l’information lucrativement.
C’est court. C’est suffisant. On referme l’anthologie en comprenant, grâce aux quatre pages de cette nouvelle, pourquoi les virus sont si terrifiants de nos jours. Comme le monde qui nous entoure…


Voilà donc une petite anthologie de bonne qualité, dans la droite lignée de celles proposées par griffe d’encre, sous la houlette de Magali Duez. Il en ressort l’idée que le virus, qu’il soit d’ordre bactériologique, psychologique, ou informatique, vient perturber en profondeur le mode de vie des protagonistes. Ce qui semble évident. Ce qui aurait pu l’être beaucoup moins, c’est de trouver des auteurs capables de bien cerner le sujet, d’en aborder les divers aspects, dans des styles différents, sérieux, drôles, avec un brin de poésie, voir de politique… C’est, encore une fois, le tour de force de Magali, qui propose avec les huit nouvelles sélectionnées une anthologie d’excellente facture. Une bonne analyse au final, pour des œuvres de fictions, qui décortiquent sévèrement l’état déplorable de notre société.
Alors oui, je ne fais que des louanges des ouvrages que je chronique (je ne vais pas non plus perdre du temps à lire et parler de trucs barbants), mais Griffe d’encre est une maison d’édition qui ne m’a jamais déçu, depuis que je la suis (de plus ou moins loin selon les années), c'est-à-dire quasiment depuis sa création…


Virus, anthologie dirigée par Magali Duez.
Griffe d'encre.
20 octobre 2013 142 pages. 11,50 euros
Couverture créée par Zariel.

ISBN: 979-10-92349-01-6

Site des éditions griffe d'encre: 
http://www.griffedencre.fr/