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mercredi 13 août 2025

De main morte, par Serge Laforest

Fleuve noir, Spécial Police - 1960

France, langue française.


Blessé à la tête par un officier nazi lors du siège de Bastogne, le soldat Taft Dahlgren souffre de pertes de mémoire et de troubles psychiques. Jeune homme riche et séduisant, il a épousé la belle Evelyn avant la guerre qui, elle, semble désormais n'avoir plus d'intérêts que pour sa fortune. De retour au pays, hanté par d'horribles cauchemars le renvoyant nuit après nuit sur le champ de bataille, il est soigné par le docteur Helmut Weeg, et est rejoint par un vieil ami d'enfance, Preston Ogilvie, venu apporter son soutien.
Lors d'une promenade en solitaire sur la plage, Taft sauve Penny Romer des mains de loubards tentant d'abuser d'elle. Lui, délaissé par son épouse et elle, jeune veuve, vont de suite tomber amoureux l'un de l'autre.
C'est alors que se fait jour une sourde et machiavélique machination lorsque Floyd Kenway, un détective privé un peu louche, lui fait des révélations choquantes.
Qui cherche à faire perdre la boule à Taft ? Est-il, comme le prétend ce détective privé cupide, trompé par son épouse ? Est-il vraiment traité par son médecin ou ne fait-il pas, lui aussi parti du complot ? Et surtout, est-il, comme il le pense, condamné à l'asile ou lui reste-t-il une chance de rémission ?
Aidé de Penny et de l'inspecteur Peter Jackson, Taft va chercher à comprendre et dénouer les ficelles de cette conspiration avant qu'elle n'ait raison de sa raison.


Bastogne, terrible bataille des Ardennes belges de décembre 1944, durant laquelle l'armée américaine assiégée par les nazis vit la perte du tiers de ses soldats, avant que les renforts ne lui portent secours. Le personnage principal en réchappe, mais gravement blessé à la tête. C'est cette blessure et surtout les pertes de contrôle et les hallucinations qui vont permettre à Serge Laforest d'écrire les plus belles pages de ce roman.
Sous couvert d'un complot qui cherche à faire flancher son protagoniste afin que sa fortune parte en d'autres mains, l'auteur va réussir à nous parler des horreurs de la guerre, en de courts passages forts et magnifiquement écrits qui ne laissent pas indifférent.
Des passages parfois bien plus terrifiants que ceux que l'on peut trouver dans son roman Les hommes de fer sorti en 1964 et traitant entièrement d'une autre guerre, celle de 14/18.
Car ils sont dus aux réminiscences cauchemardesques de son héros, ajoutant à l'horreur des batailles une vision délirante d'un homme blessé au bord de la folie.
Au surplus, les passages dont je viens de parler restant rares, le fait que ce roman soit captivant lui permet de n'être lâché qu'une fois terminé. Vous pouvez donc - mais ai-je vraiment besoin de le dire ? - noter ce Laforest sur la liste des polars à lire.


Photo peut-être non libre de droits.
Merci de ma contacter si tel est le cas !

Serge-Marie Arcouët (18 mars 1916 - 28 janvier 1983) était un écrivain nantais prolifique, qui a utilisé plusieurs pseudos durant sa carrière. C'est sous celui de Terry Stewart qu'il se fera connaître : sur les conseils de son ami Thomas Narcejac, il propose son roman La mort et l'ange à Gallimard pour publication dans la fameuse collection "Série Noire". Bingo, ce roman devient le premier d'un auteur français édité dans cette prestigieuse collection (même si Serge Arcouët n'y est mentionné que comme traducteur, subterfuge malin qui brouille les pistes) et remportera un colossal succès.

Mais c'est sous celui de Serge Laforest qu'il écrira le plus, avec pas moins de 80 volumes pour la collection Espionnage et 35 pour la collection Spécial Police au sein de la fameuse maison d'édition Fleuve Noir.


Pour en savoir plus sur cet incroyable auteur, précipitez-vous sur cet excellent article ! (même si je ne désespère pas d'écrire une petite bio pour le présent blog... un jour !)

De main morte, par Serge Laforest
Fleuve Noir, collection Spécial Police N°231
Illustration couverture : Michel Gourdon
3e trimestre 1960. 219 pages
ISBN : néant

De main morte est ma septième chronique pour la collection « Spécial Police » de Fleuve Noir.
Lire aussi : Plainte contre XJusqu'au sixième cercleLes croix de ciresY'a bon San AntonioJour des morts, Un enfant de chœur

mardi 5 août 2025

Cynthia devant la mort, par Terry G. Stewart

Le Portulan, la mauvaise chance - 1947

France, langue française.


Cynthia Bowland est une jeune fille de 24 ans, propriétaire du domaine Ocklawaha Grange en Floride et héritière de la large fortune de son défunt père. Cette fortune, mais aussi son grand cœur et son incroyable beauté font qu'elle attire une poignée de prétendants qu'elle accueille de façon quasi permanente. Il y a Bruce Kennedy, officiellement son fiancé, gros buveur et pas très fufute, qui est accompagné de sa tante Katryn Doole, coureuse de dote cassante et aigrie d'une cinquantaine d'années. Il y a ensuite Roydon "Roy" Kendall, peintre reconnu de cinquante-trois ans, ami de la famille de longue date, qui connaît Cynthia depuis qu'elle est toute petite et qui, même s'il s'autopersuade qu'il ne ressent que de l'amour paternel, ne reste pas insensible aux charmes de la jeune fille. Quant à Nigel Orson, flambeur et détesté de tous, il vient de mourir des suites d'un empoisonnement long et méthodique à l'arsenic.

Pour mener l'enquête, débarque sur le domaine (mais aussi dans la vie de Cynthia) le jeune inspecteur Anson Wadham, de la brigade criminelle de Dallas, détaché dans la région. Les interrogatoires parfois informels, les inimitiés, les coups de poing, mais aussi les sentiments forts et insoupçonnés vont mettre en difficulté le travail de l'enquêteur, qui aura toutes les difficultés du monde à découvrir qui, parmi ces suspects qui ont tous une raison valable d'en vouloir au défunt, a de façon méthodique et machiavélique empoisonné la victime...


Cynthia devant la mort est le premier roman publié par Serge Arcouêt, sous le pseudonyme de Terry G. Stewart, même s'il use de son véritable patronyme en tant que traducteur (subterfuge malin qui permet de faire passer un texte écrit par un de leurs compatriotes auprès d'un lectorat français qui ne jure alors que par le polar américain !), lui accolant même par souci de crédibilité un titre en anglais, Death has many Faces !

Comme il s'agissait du tout premier roman jamais publié par cet auteur, je m'attendais, pour être honnête, à un texte un peu vert, voire très classique, car sans doute "copié" sur ses pairs Anglo-saxons. Et bien, braves gens, amis lecteurs, amies lectrices, j'ai été plus que surpris par la qualité de ce roman. Et encore, surpris est un peu léger : j'ai été totalement bluffé !

Terry G. Stewart (on va l'appeler comme ça, c'est plus simple) propose ici un roman incroyable, dont la construction intelligente - les chapitres sont écrits à la première personne, du point de vue de chacun des protagonistes - fait de cette première œuvre un véritable "page turner" comme on dit en perfide Albion.

On pourrait me targuer de mauvaise foi, de parti pris, de condescendance, bref de toutes ces petites choses que l'adoration que je voue à cet auteur pourrait provoquer... Il n'en est rien ! Ce livre est vraiment, sincèrement, excellent. Il est déjà riche de l'écriture unique et poétique de Serge Arcouët, de cette plume qui transforme un livre "de gare" en véritable œuvre littéraire. Vous ne me croyez pas ? Et bien, allez donc goûter à sa prose !

En guise de conclusion, je me dois de parler de la grande tristesse que la lecture a provoquée au plus profond de l'amoureux des livres que je suis : ce roman vieux de 78 ans (!), malgré une manipulation attentive et une attention particulière, a physiquement un peu souffert. La reliure a flanché, séparant les pages en deux blocs, et la couverture a perdu quelques bribes de matière, laissant les stigmates du temps qui passe en ses coins et tranches. Je pleure, mais il a su dans sa souffrance prodiguer les plaisirs intenses que le lecteur que je suis attendait de lui. Voilà, ça va mieux en le disant !


Photo peut-être non libre de droit.
Merci de ma contacter si tel est le cas !

Serge-Marie Arcouët (18 mars 1916 - 28 janvier 1983) était un écrivain Nantais prolifique, qui a utilisé plusieurs pseudos durant sa carrière. C'est sous celui de Terry Stewart qu'il se fera connaître : sur les conseils de son ami Thomas Narcejac, il propose son roman La mort et l'ange à Gallimard pour publication dans la fameuse collection "Série Noire". Bingo, ce roman devient le premier d'un auteur français édité dans cette prestigieuse collection (même si Serge Arcouët n'y est mentionné que comme traducteur, subterfuge malin qui brouille les pistes) et remportera un colossal succès.

Mais c'est sous celui de Serge Laforest qu'il écrira le plus, avec pas moins de 80 volumes pour la collection Espionnage et 35 pour la collection Spécial Police aux seins de la fameuse maison d'édition Fleuve Noir.
Pour en savoir plus sur cet incroyable auteur, précipitez-vous sur cet excellent article ! (même si je ne désespère pas d'écrire une petite bio pour le présent blog... un jour !)

Cynthia devant la mort (Death has many Faces), par Terry G. Stewart
Le Portulan, collection la mauvaise chance N°24
Illustration couverture : 
3ème trimestre 1947. 253 pages
ISBN : néant

lundi 21 juillet 2025

Un enfant de chœur, par Serge Laforest

Fleuve noir, Spécial Police - 1956

France, langue française.


Billy Sands est professeur de Mathématiques dans une école du Queens aux États-Unis. Il sait qu'un petit groupe de ses élèves aime à faire des caricatures de lui en classe, mais celle qu'il trouve tombée au sol ce jour-là, le représentant dévêtu dans une position plus qu'explicite en compagnie d'Helen Davy, professeur de lettres et future fiancée, le met dans une colère noire. Découvrant que l'inspiration vient d'un "cartoon book", une brochure pornographique achetée pour quelques cents à la sortie de l'établissement, Billy décide de ne pas sanctionner les jeunes. Mais, comme il déteste la pornographie qui détourne la jeunesse de la bonne éducation qu'il essaye d'inculquer, il décide de prendre un congé pour infiltrer - avec l'accord et le soutien de son ami, Charley Briggs, lieutenant du FBI - le gang qui imprime et vend à la sauvette ces infâmes brochures. Car Billy, sous ses airs d'enfant de chœur, est un dur à cuire.

Durant ses observations et filatures, qui lui feront prendre bon nombre de coups de poing et pour lesquelles il sera à deux doigts de laisser sa peau, il se détache d'Helen Davy pour se rapprocher de plus en plus d'une chanteuse de cabaret qui lui prouvera que le monde, surtout celui de la pègre, est petit.

Mais réussira-t-il à mener cette (en)quête presque impossible, lui, un simple professeur de Maths face à des caïds de la pire espèce ? 


Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas plongé dans le Fleuve Noir et quoi de mieux pour s'habituer à sa température (très chaude), que de nager en eaux sûres, celle de Serge Laforest, cet auteur que j'aime tant. Même s'il m'arrive de fréquenter régulièrement son agent secret Gaunce qui sévit dans les pages de la collection Espionnage (dont je ne vous ai toujours pas entretenu ici, mais ça ne saurait tarder !), j'ai encore préféré piocher au hasard et suis tombé sur cet enfant de chœur.
Je vous avoue, ça fait du bien de retrouver ce style qui est bien plus travaillé que le laisseraient paraître les préjugés de cette collection. Même si l'écriture de Laforest pour ce roman souffre d'un léger essoufflement, tant dans le rythme que la trame. Voilà un professeur qui se substitue à la police locale (et même au FBI) pour aller se frotter à la pègre locale sans aucun autre prétexte que celui de protéger la morale et les bonnes mœurs de ses chères petites têtes blondes à qui il enseigne les mathématiques. Il ne venge pas un frère assassiné, ou une fiancée bafouée, non, non. Il protège des garnements qui ont eu le toupet, en plus, de le dessiner à oualpé avec sa future fiancée en train de jouer la bête à deux dos ! Et ce, au péril de sa vie (dont la couverture de la réédition (plus bas) illustre bien le passage de sa petite baignade forcée dans les eaux froides locales).
On retrouve dans ce livre, qui reste malgré tout très agréable à lire (je le précise, pour les esprits chafouins qui penseraient que je me suis ennuyé), les poncifs du genre. Car ne nous voilons pas la face : cette guerre menée contre les crapules qui vendent sous le manteau des livrets pornos à de jeunes pioupious est bien prétexte à bastons, filatures, coups de feu, gorilles patibulaires, tenanciers véreux, pépés pleines de bonnes volontés et sainte-nitouche qui se révèle cheffe de gang. Cette histoire est surtout l'occasion pour l'auteur de nous servir quelques belles diatribes anti-pornographie pas piquée des hannetons, digne d'un curé ou d'un père la pudeur. Je n'ai pas creusé le sujet, mais j'aimerais savoir quelle était la place de la pornographie dans le quotidien des Français de l'époque, deux ans avant que les lois de censure ne soient abrogées en notre beau pays. Comme j'aurais aimé savoir s'il s'agissait pour l'auteur de simple littérature ou d'une foncière prise de position sur le sujet traité.
Nous avons donc droit avec un enfant de chœur à un récit somme toute assez classique dans sa forme (même le twist final ne m'a pas surpris !), agréable à lire, mais qui s'avère n'être pas le roman le plus inspiré de son auteur.
Photo peut-être non libre de droits.
Merci de ma contacter si tel est le cas !

Serge-Marie Arcouët (18 mars 1916 - 28 janvier 1983) était un écrivain nantais prolifique, qui a utilisé plusieurs pseudos durant sa carrière. C'est sous celui de Terry Stewart qu'il se fera connaître : sur les conseils de son ami Thomas Narcejac, il propose son roman La mort et l'ange à Gallimard pour publication dans la fameuse collection "Série Noire". Bingo, ce roman devient le premier d'un auteur français édité dans cette prestigieuse collection (même si Serge Arcouët n'y est mentionné que comme traducteur, subterfuge malin qui brouille les pistes) et remportera un colossal succès.

Mais c'est sous celui de Serge Laforest qu'il écrira le plus, avec pas moins de 80 volumes pour la collection Espionnage et 35 pour la collection Spécial Police au sein de la fameuse maison d'édition Fleuve Noir.


Pour en savoir plus sur cet incroyable auteur, précipitez-vous sur cet excellent article ! (même si je ne désespère pas d'écrire une petite bio pour le présent blog... un jour !)

Un enfant de chœur, par Serge Laforest
Fleuve Noir, collection Spécial Police N°98
Illustration couverture : Michel Gourdon
2ème trimestre 1956. 218 pages
ISBN : néant

Chose plutôt rare chez le Fleuve Noir, ce livre a bénéficié d'une réédition avec nouveau numéro (le 1111) en 1974 et avec une nouvelle couverture, toujours signée de Michel Gourdon :


Un enfant de chœur est ma sixième chronique pour la collection « Spécial Police » de Fleuve Noir.
Lire aussi : Plainte contre XJusqu'au sixième cercleLes croix de ciresY'a bon San Antonio, Jour des morts

jeudi 30 novembre 2023

Jour des morts, par Thomas Cervion

Fleuve noir, Spécial Police - 1953

France, langue française.



Maxime Servin est un peintre talentueux, connu et reconnu, vivant de son art dans la ville de Toulon. Il a la quarantaine et a la chance d'être l'époux d'une magnifique femme aimante de dix ans sa cadette, dont il est fou amoureux en retour, et ce depuis le premier jour.
Sa vie, il la partage entre son atelier, son foyer et la maison de ses amis qu'il aime rencontrer.
D'ailleurs, il vient de les quitter, après les avoir invités à venir en soirée pour admirer sa dernière œuvre : un portrait de son épouse qu'il juge lui même magnifique.
Quelle n'est pas sa stupeur de retrouver sa maison vide à son retour ! Vide de celle qu'il aime, qui lui a laissé un mot d'adieu dans lequel elle l'informe de sa décision de partir avec un autre homme.
Commence alors son inéluctable descente aux enfers...

Je pioche encore une fois au hasard de ma collection de polars made in Fleuve Noir qui, jusqu'à présent, ne m'a jamais déçu. Une fois de plus, je me suis laissé tenter par l'ancienneté du livre et sa toujours magnifique couverture d'un autre temps signée Michel Gourdon. Et ce qui m'a fait de l’œil pour le coup, ce sont les croix du cimetière qui, avec ce visage de femme endeuillée, illustrent parfaitement le titre (même si la lecture nous montrera qu'il n'y a ni mystérieuse veuve éplorée ni cimetière...).
L'histoire débute par cette visite du héros chez ses amis, qui prend congé d'eux en les invitant à venir admirer sa dernière croûte en fin de journée. Puis - comme relaté en introduction - la découverte du mot de celle qu'il aime et la chute de cet homme pourtant heureux, jouissant d'un bonheur matrimonial qu'aucune ombre ne semblait devoir ternir.
Oui, la trame est classique : un homme trompé, bafoué, abusé qui va vouloir tout faire pour se venger de son épouse qui l'a quitté. Oui, mais...
Après ces quelques pages nous décrivant son déclin, sa femme revient, tout en repentir, et le héros se félicite de n'être pas allé trop loin. Oui, mais...
Car il y a bien un nouveau oui, mais... qui cette fois, après ce qui n'était qu'une petite bousculade, précipite définitivement Maxime dans le gouffre sans fond de l'horreur.
Il se trouve embarqué dans une histoire hallucinante de trafic, de tromperies, de double-jeu.
Il boit, pour calmer ses nerfs.
Il perd totalement le goût à la peinture.
Devient un salaud, abusant de la gentillesse de la femme de son meilleur ami.
Il boit, encore, pour toujours essayer de calmer ses nerfs mis à rude épreuve.
Tu. De sang-froid. Machiavélique assassin, qui pourtant a conscience du mal.
Cache les corps. Aide la police dans l'enquête sur la disparition de son épouse.
Bois. Bois pour essayer de ne plus trembler. Bois encore, toujours, toujours trop.
Abuse de la confiance de son meilleur ami après avoir abusé de sa femme.
Devient maître chanteur.
Sombre dans ce que l'âme de l'homme a de plus odieux, de plus ignoble. Ne ressent plus aucun remords.
Pour se trouver confondu par un mort qui, finalement, n'est pas du tout mort.
Ne peut alors échapper à la police, à la justice... et s'en échappe pourtant, par la seule voie possible...
L'auteur nous offre ici un livre d'une noirceur extraordinaire, dans lequel il nous dépeint cette chute phénoménale d'un monsieur tout le monde. Personnage banal qui pense maîtriser le cours des événements qui, inéluctablement, le pousse à commettre crime sur crime. Et qui termine comme il se doit, au fond de l'impasse dans laquelle il s'est enfoncé au fil des pages.
Un livre - un de plus ! - qui fait honneur à la qualité des œuvres proposées par cette collection, que je vous invite à découvrir ou à redécouvrir.


Thomas Cervion (1921 / 2003), de son vrai nom Louis Thomas Cervioni était un écrivain de polars prolifique, qui a remporté le fameux pris du Quai des Orfèvres en 1957 et le prix Mystère de la critique en 1976. Jour des morts est son premier roman, le seul publié chez Fleuve Noir, (il a été réédité chez Denoël depuis). Signant aussi sous les pseudonymes de Louis C. Thomas (le plus connu) ou plus simplement Louis Thomas, il fut scénariste de nombreux épisodes du feuilleton télévisé Les cinq dernières minutes.

Jour des morts, par Thomas Cervion
Fleuve Noir, collection Spécial Police N°41
Illustration couverture : Michel Gourdon
3éme trimestre 1953. 221 pages
ISBN : néant

Jour des morts est ma cinquième chroniques pour la collection « Spécial Police » de Fleuve Noir.
Lire aussi : Plainte contre X, Jusqu'au sixième cercle, Les croix de cires, Y'a bon San Antonio,

mardi 7 novembre 2023

Y'a bon San-Antonio, par Frédéric Dard

Fleuve Noir, Spécial Police, 1961 (réédition 1971)

France, langue française.

 


Pinaud, dit Pinuche, dit Pinuchet vient de présenter sa démission (pour la troisième fois), et elle a était acceptée (pour la première fois). Bérurier écroule sa bedaine sous un flot de larmes intarissables et San-Antonio, qui pourtant en a vu d'autres, se sent lui même un peu désœuvré. Mais Pinuche est heureux : il a hérité d'un bar, son rêve de toujours, où il va pouvoir arroser ses potes. Et puis c'est décidé : il va y avoir un sacré pot de départ, où la bouffetance sera aussi abondante que le pinard coulera à flot et durant lequel Béru va même offrir un mémorable spectacle de magie !
C'est dans la doublure du costard loué pour la circonstance par le gros que San-Antonio trouvera tout à fait par hasard un message griffonné sur un petit bout de carton qui l’embarquera dans une enquête palpitante aux confins du Congo, accompagné des inévitables acolytes de toujours, Bérurier et... Pinuche, embarqué bien malgré lui dans ce périple africain.

Il n'est jamais trop tard pour découvrir les bienfaits de la vie. Je suis loin d'avoir tout lu, tout vu, tout bu, mais je suis heureux d'avoir investit quelques heures de lectures dans ce bouquin blindé de bons mots, de drôleries, de ce verbe si particulier qui a fait le succès de cette série unique en son genre. Des bons mots, de la cocasserie, du déjanté, chaque page en propose. C'est une véritable mine de diamant humoristique à l'état brut. Mais ne nous méprenons pas ! Enquête il y a, et quelle enquête ! Et l'action ? Omniprésente, que ce soit lors de la représentation mémorable de Bérurier et de ses tours de passe-passe foireux, ou encore dans la jungle où réside les Oussoboukos, tribu cannibale enchantée à l'idée de boulotter du Béru et du Pinaud.  Il y a aussi ce dévouement du commissaire toujours prêt à durement payer de sa personne pour faire parler la blonde de l'histoire - loin cependant d'être totalement innocente - et ne dormant que peu pour dénouer les nœuds pourtant bien serrés du mystère de ce diamant disparu. Quelle blonde ? Quel Diamant ? Je ne vous en ai pas parlé dans mon petit résumé, plus haut ? Ah non. Et bien, lisez ce bouquin, vous comprendrez !
Bon, on ne présente plus le commissaire San-Antonio, figure emblématique, voire icône absolue du polar d'une certaine époque. On ne présente plus non plus ses acolytes, surtout Bérurier qui est une légende à lui tout seul. Et puis si vous ne connaissez pas, ce n'est pas moi qui vous les présenterai, d'autres s'en sont chargé à merveille, avec ce souci tatillon du fanatique absolu (visitez donc la page des amis de San Antonio) et du collectionneur assidu (c'est par là pour le commissaire). Moi, dans cette histoire, face à cette œuvre grandiose, je ne fais que passer, visiteur accidentel (mais oh! combien réjouis !) dans cet univers du grand Art qu'est le truculent est exceptionnel langage du grand Dard.
Quand un gars, sur un vide-grenier, m'offre des bouquins (que dalle, cadeau, nada), j'ai beau m'être juré de ne pas tomber dans la spirale infernale (plus de 180 bouquins) de San-Antonio, ben, j'y tombe quand même. Et je remercie ce bienfaiteur qui m'a permis de goûter (enfin ! (oui, je savais que je flancherais un jour)) aux joies des saveurs particulières distillées par Frédéric Dard dans son œuvre. Bon, je suis foutu, j'ai adoré et je suis condamné, mais pas trop damné, à en lire d'autres. Parce que, hé, pourquoi bouder son plaisir sous le prétexte aussi futile que non recevable d'une vie trop courte et d'une mort certaine qui me privera toujours trop tôt des plaisirs de la lecture ?

Cette chronique a été rédigée en mai 2016, revue ce jour pour publication... autant dire que j'en ai lu d'autres, des San-A depuis !


Frédéric Dard, c'est Frankenstein à l'envers : pour le quidam peu regardant, le monstre de l’œuvre de Mary Shelley porte le nom du docteur qui l'a créé. Ici, le monstre populaire qu'est San-Antonio a longtemps était confondu avec son auteur. Un peu aussi par volonté de l'éditeur qui, assez rapidement, ne fit plus mention de l'auteur sur la couverture, le nom du commissaire y prenant une place importante. Cependant, réduire l’œuvre de ce génie à son personnage le plus populaire serait une erreur grossière. Avoir le talent de faire dans la gaudriole et le calembour c'est faire montre d'une maitrise de la langue française particulièrement aiguë. Ainsi donc, face aux révélations des quelques recherches faites pour cette chronique - même si je savais déjà bon nombre de choses sur l'auteur et son œuvre (ma mère quand elle lisait était une inconditionnelle de San-Antonio) - et aussi par le biais de lectures ultérieures,  j'ai vu croitre en moi une furieuse envie de découvrir ses livres plus sombres, appelés par Frédéric Dard lui même les Romans de la nuit.

Y'a bon San-Antonio, par Frédéric Dard
Fleuve Noir, Spécial Police N°265
Illustration couverture : Bren
1961 (Réédition 1971). 254 pages
ISBN : néant

J'ai lu ce livre dans ce qui semble être sa troisième édition. Voici les couvertures des deux précédentes du génialissime Michel Gourdon :

Première édition - 1961 Seconde édition - 1967

Y a bon San-Antonio ! est ma quatrième chronique pour la collection « Spécial Police » de Fleuve Noir et la première dans la série des San-Antonio (ce qui voudrait bien laisser penser qu'il y en aura d'autres).
Lire aussi : Plainte contre X, Jusqu'au sixième cercle, Les croix de cire,

vendredi 8 janvier 2021

Les croix de cire, par Serge Laforest

Fleuve noir, Spécial Police - 1964

France, langue française.


Le jeune François Morvan a disparu sur l'île d'Ouessant. Charlet qui y a enquêté revient absolument dépité, sans nouveaux renseignements, sans aucun indice probant : pas de corps, pas de soupçons, quant à la famille - qui pourtant a fait appel à la police - elle reste muette de toute information.
Le commissaire principal Yves Glénan de la police de Brest prend la relève car il est originaire de l'île, et devrait avoir plus de chances pour faire parler ses habitants. Mais il n'est pas encore parti qu'on l'informe d'une nouvelle disparition...
Même si les insulaires ne veulent rien dire, chez les parents des deux jeunes disparus se trouvent les Broellas, ces croix de cire que l'on installe en mémoire des défunts. Cela ne fait plus aucun doute : les disparus ne reviendront jamais...

Nous voilà plongé en plein cœur de l'ile d'Ouessant, ses habitants muets, ses côtes déchiquetés, ses marais mortels. C'est à une visite cependant bien particulière que nous invite le nantais Serge Laforest dans cette enquête policière qui ne manque ni d'action, ni de coups fourrés, ni de bagarres ou de flirt. Une intrigue bien ficelée, une fois de plus, par cet auteur dont j'apprécie décidément énormément le style et qui nous transporte littéralement en ces lieux où le ciel tout comme les regards sont perpétuellement bas, où les filles intrigantes sont aussi charmantes que potentiellement dangereuses et où, même pour l'enfant du pays qu'est Yves Glénan, les bouches restent aussi fermées que les points serrés.
De Serge Laforest, je me régale depuis pas mal de temps déjà des aventures qu'il fait vivre à son personnage Gaunce dans la collection Espionnage (chez Fleuve Noir aussi), mais de cela je viendrai vous parler quand le moment sera venu. J'avais envie de vivre autre chose, tout en restant certain de ne pas être déçus. Et je n'ai pas été déçus. Je reste toujours impressionné par les plaisirs que peut apporter la lecture en général et ce type de littérature en particulier. En cette période où pouvoir m'évader ne m'est pas permis autrement qu'à travers les livres, un voyage dans cette Bretagne mystérieuse (même si ce mystère n'a finalement que le gout des comportements déloyaux, des mensonges et des trahisons humaines) m'a fait le plus grand bien.
Si ce n'est celui-ci, qu'importe le titre que vous seriez amené à trouver, faites vous plaisir, lisez du Serge Laforest.

Photo peut-être non libre de droits.
Merci de ma contacter si tel est le cas !

Serge-Marie Arcouët (18 mars 1916 - 28 janvier 1983) était un écrivain nantais prolifique, qui a utilisé plusieurs pseudos durant sa carrière. C'est sous celui de Terry Stewart qu'il se fera connaître : sur les conseils de son ami Thomas Narcejac, il propose son roman La mort et l'ange à la NRF pour publication dans la fameuse collection "Série Noire". Bingo, ce roman devient le premier d'un auteur français édité dans cette prestigieuse collection (même si Serge Arcouët n'y est mentionné que comme traducteur, subterfuge malin qui brouille les pistes) et remportera un colossal succès.

Mais c'est sous celui de Serge Laforest qu'il écrira le plus, avec pas moins de 80 volumes pour la collection Espionnage et 35 pour la collection Spécial Police au sein de la fameuse maison d'édition Fleuve Noir.


Pour en savoir plus sur cet incroyable auteur, précipitez-vous sur cet excellent article ! (même si je ne désespère pas d'écrire une petite bio pour le présent blog... un jour !)


Les croix de cire, par Serge Laforest
Fleuve Noir, collection Spécial Police N°396
Illustration couverture : Michel Gourdon
1er trimestre 1964. 219 pages
ISBN : néant

Les croix de cire est ma troisième chronique pour la collection « Spécial Police » de Fleuve Noir.
Lire aussi : Plainte contre X, Jusqu'au sixième cercle,

 

vendredi 11 décembre 2020

Jusqu'au sixième cercle, par Adam Saint-Moore

Fleuve noir, Spécial Police - 1966

France, langue française.


Virgil Dromanescu, dit "Droma", est un jeune hongrois qui s'est expatrié aux USA pour fuir la présence des Russes dans sa ville de Budapest. Du haut de ses presque deux mètres et de ses 27 ans, il connait déjà beaucoup de choses de la vie. Les cuites, les bagarres, les nuits passées en prison. Il va de petits boulots en petits boulots, erre de villes en villes, sans autre but que celui de survivre.
Ce soir là, alors qu'il s’arrête aux abords d'une station service, il est pris en stop dans une voiture puissante conduite par une blonde et élégante cinquantenaire. Magda Dawson, riche héritière de Clive F. Preston, magna du pétrole, l'embauche comme jardinier et homme à tout faire dans sa grande propriété.
Droma y travaillera en compagnie de Jonathan, maître d'hôtel rigide et taciturne, Mme Medwin, cuisinière qui se prend d'affection pour le colosse hongrois et Dave, chauffeur qui voit sa présence d'un œil suspect.
Il y côtoie de plus le jeune époux de madame, ancien acteur de pub et figurant de cinéma, et une jeune fille rousse magnifique, Diana, demi-sœur de sa patronne.
Bien entendu, c'est avec un regard extérieur qu'il devient témoin des motivations, ambitions, tromperies et autres spécificités humaine propre à ce genre de communauté gravitant autour d'une richesse importante, se laissant vivre entre deux tontes de pelouses et quelques tailles de rosiers.
Jusqu'au jour ou madame est retrouvée morte...

C'est la deuxième fois que je m'écarte de mes nombreuses PàL (Piles à Lire pour ceux qui aurait loupé un épisode), pour m'orienter contre toute attente et tout à fait par hasard vers un Spécial Police de chez Fleuve Noir. J'en ai quelques uns, glanés au hasard d'un de ces vides-greniers, principaux fournisseurs en pépites policières émanant du lit de ce fameux cour d'eau sombre. Au hasard, même si c'est le regard qui a choisi pour moi, attiré une fois de plus par l'illustration de Michel Gourdon. Pourquoi diable cette femme blonde s'en prend-elle à ces pauvres roses ? Et bien la réponse, je l'ai trouvé dans l'histoire. Et je vous rassure, il ne s'agit pas ici d'une simple enquête sur une blonde rosaceicide.
En fait, ce livre se partage en deux parties bien distinctes et de longueurs quasi identiques. La première, introduction des personnages et du lieux, intrigue(s), puis découverte du corps, qui marque la transition vers la deuxième partie, l’enquête. La première partie, c'est l'histoire de ce jeune Hongrois expatrié à qui on offre un emploi pépère, le gite, le couvert et qui devient le coupable idéal de ce qui s'avère être un meurtre crapuleux. Et c'est lors de la deuxième partie que l'inspecteur Higgins, qui refuse la trop évidente simplicité du crime, va tout faire pour découvrir la vérité en extirpant les secrets et les alibis de chacun, afin de faire la lumière sur cette affaire qui est loin, très loin d'être un simple assassinat. Car il en est ainsi dans la littérature : quoi de plus machiavélique qu'une femme trompée qui veut se venger ? L'inspecteur le sait bien, quand il site cet adage : "Quand une femme méchante rencontre la jalousie, alors même les démons se cachent dans les enfers, jusqu'au sixième cercle"...
Un bon bouquin donc, lu avec grand plaisir.

Adam Saint-Moore (qui a un chouette de prénom, je trouve) est le pseudonyme (ah, zut !) de Jacques Douyau, né en octobre 1925 ou 1926 selon les sources. Son père et son grand-père avaient certes un pied dans la littérature, mais lui, c'est les deux pieds qu'il met dans le Fleuve Noir, d'abord dans la collection Espionnage (avec son héros Face d'Ange pour pas loin de 93 épisodes) mais aussi la collection Spécial Police pour 56 volumes. Outre 9 titres dans un tout autre genre qu'offre la collection Anticipation, il signe aussi un hommage à J.H. Rosny Ainé avec la fiction préhistorique La Marche au soleil. Ce pilier des éditions Fleuve Noir obtient la palme d'or du roman d'espionnage en 1964.
(Outre la page Wikipedia de l'auteur, je me suis inspiré de cette page du blog des Lectures de l'oncle Paul pour rédiger cette petite bio).

Jusqu'au sixième cercle, par Adam Saint-Moore
Fleuve Noir, collection Spécial Police N°548
Illustration couverture : Michel Gourdon
4éme trimestre 1966. 218 pages
ISBN : néant

Jusqu'au sixième cercle est ma deuxième chronique pour la collection « Spécial Police » de Fleuve Noir.
Lire aussi : Plainte contre X

 

lundi 30 novembre 2020

Plainte contre X, par Roger Faller

Fleuve noir, Spécial Police - 1963

France, langue française.

Au Château, domaine viticole familiale du Bordelais, la mère vient de mourir d'une tumeur au cerveau.
Sa fille Marie-Claire descend de Paris, elle qui a coupé les ponts depuis plus de deux ans avec sa famille, afin d'assister aux obsèques. Elle revient surtout au pays pour retrouver le domaine de son enfance.
À peine arrivée à la gare, elle apprend de la bouche même de son père, taciturne grand buveur et ancien médecin, que sa mère n'est pas décédée naturellement, mais des suites d'une surdose de morphine qu'elle s'est injectée volontairement.
Marie-Claire, qui espère imposer son retour à la gestion de la propriété viticole, va alors s’informer des rapports que chacun entretenait avec la défunte.
De secrets familiaux cachés aux révélations d’ambitions perdues, elle se retrouve bientôt à avoir des doutes quant à la véracité du suicide.
Surtout depuis cet appel anonyme reçu par les autorités locales dénonçant un meurtre…

Ce livre est une véritable machine à suspens parfaitement huilée.
Du tout début – l’arrivée de l’héroïne à la gare de sa ville natale où son père lui révèle le suicide de sa mère – jusqu’aux derniers mots qui achèvent la dernière page, chaque action, chaque fin de chapitre, chaque rebondissement laisse la marque ardente du désir de continuer, d’avancer la lecture encore et encore.
C’est formidable comme ces polars, souvent reclassés (avec cet air dédaigneux plus qu’injustifié) de sous culture, souvent désignés (avec cet air supérieur emprunt de dégoût) de littérature de seconde zone, ou encore qualifiés péjorativement (avec cet air moqueur et orgueilleux des prétentieux pseudo connaisseurs des vraies valeurs littéraires) de populaire ou de gare, il est formidable donc que ce genre de livre si méprisé soit à ce point à même d’entretenir un tel intérêt sur toute sa longueur, entraînant son lecteur à bout de souffle jusqu’à son dénouement plus que décoiffant. Prouesse d’une grande maîtrise du genre et je dis miam et je dis encore !

Roger Faller est l'un des très nombreux pseudonymes de Roger Ménanteau, nom de plume utilisé pour ses non moins nombreux romans publiés dans la collection Spécial Police des éditions Fleuve Noir. Il est né le 22 novembre 1918 et semble avoir pris sa retraite littéraire aux alentours de 1985.

Plainte contre X, par Roger Faller
Fleuve Noir, collection Spécial Police N°379
Illustration couverture : Michel Gourdon
4éme trimestre 1963. 222 pages
ISBN : néant

Plainte contre X est ma première chronique pour la collection « Spécial Police » de Fleuve Noir.

samedi 16 novembre 2019

Le club des punks contre l'apocalypse zombie, par Karim Berrouka.

Actusf, les 3 souhaits, 2016

Roman, France, langue française.

 

Le club des punks, il est composé de punks qui vivent dans un squat, comme des punks : principalement en se nourrissant liquide, fumant et jouant du punk (je résume, hein). Un matin, alors que certains d'entre eux se trouvent à l’extérieur du squat, ils se rendent compte qu'il n'y a plus grand monde de vivant qui bouge dans les rues. À part des flics. Par contre, il y a plein de gens morts qui bougent dans les rues. Les punks, ils restent donc dans leur sanctuaire, en tuant le temps comme ils peuvent, jusqu'à ce que le drame se produise : il n'y a plus de bibine* et il faut aller au renfort. Dehors. De par les rues pleines de morts qui puent et qui marchent.
L'air de rien, démarre ainsi la belle aventure du club des punks, qui feront tout pour sauver leurs potes, mais aussi pour détruire un mal bien plus grand que celui incarné par ces morceaux de barbaque mobiles, pourrissants et avides de cerveaux : en effet, des membres du Medef ont, eux aussi, survécu...
(En vérité, mon résumé il est tout pourri, mais j'assume : de toute façon, vous allez lire ce livre, parce que ce livre, il est super bien !) 

Affalé sur mon canapé, les yeux rivés sur le rien du néant, je tenais une bouteille de bibine* à la main.
Je décapsulais la dite bouteille dans l'optique d'irriguer une bouche en mal de houblon quand, éberlué, je constatai qu'une étrange lueur émanait du goulot. À la suite de quoi, bientôt, une brume opaque apparut, m'extirpant tout à fait de la torpeur dans laquelle je me trouvais encore quelques secondes auparavant.
Imaginez ma stupeur de voir se matérialiser - debout sur la petite table du salon - un gars bizarre, crête verte sur le crâne, exhibant un gros "A" cerclé sur son t-shirt noir déchiré, jeans douteux sur les jambes et rangeots aux pieds.
- Sors de ta nonchalante sieste larvaire, dans laquelle tu te fourvoies depuis trop de temps déjà. File sur internet, il est en ce moment proposée l'incroyable opportunité de t'instruire grâce au nécessaire et vital dernier ouvrage de Karim Berrouka, dédicacé par le grand maître lui-même ! Ce ne sera certes pas aussi cool que de lire le grand livre du Trash, mais cela te permettra le retour vers ce que tu as lâchement lâché il y a plus de deux décennies.
- J'ai soif. Tu peux enlever cet orteil qui trempe encore dans ma canette ? lui répondis-je.
- Oups, désolé ! D'ailleurs, moi aussi j'ai soif. T'as pas une binouze* à me refiler ?
Soupesant la bouteille et au vu de la légèreté soudaine de cette dernière, je me risquai à plonger un œil pour découvrir qu'aucune forme de liquide ne s'y trouvait.
- Dis-donc, enfoiré, t'as siroté toute ma bibine* ?
- C'est possible. Mais il y a longtemps alors. Ou je ne m'en souviens plus...
- Pas sympa...
- Bref, donc, ta mission première n'étant pas des plus douloureuse - je te promets de bons moments de rire et de joyeuses heures de lecture aussi instructives que belles - tu devras ensuite...
- Allez à la cave me chercher une bouteille pleine ! Salopard de génie sans bouillir à la con !
- Houlala ! Calmos, mon brave ! Je ne suis pas un génie, je suis Saint Jean Ludwig. Et laisse-moi t'expliquer ta mission II, le retour. Après avoir pris connaissance des Saintes et Belles Écritures de l'ouvrage que je t'incite à acquérir au plus vite, tu devras ressortir tes disques de quand t'étais pas un vieux con, toutes ces galettes de vinyle que tu dédaignes depuis si longtemps, car avant que ne vienne le temps de bouffer ces chrysanthèmes de merde, merde, merde par les racines, tu as une chose capitale à accomplir...
- Oui, je sais, aller chercher une bibine* à la cave !
- Non ! Enfin, si ! Mais pas une : deux binouzes* !
Je me levai donc, laissant cet étrange énergumène flotter au-dessus de ma petite table, pour me diriger vers la cave quand, soudain, je me réveillai en sursaut, affalé sur mon canapé, dans la position initiale dans laquelle je me trouvais au moment de décapsuler ma bière*.
Non sans appréhension, j'actionnai finalement le décapsuleur et ressentis un réel soulagement en entendant le doux chant si familier du pschitt s'échapper du goulot...
Que soient bénis les abbés trappistes responsables de cette divine boisson.
Cependant, à la descente de la première salvatrice et réconfortante gorgée, vibrèrent au plus profond de mon âme les rythmes de l'irremplaçable Dédé, la boîte à rythmes des Bérus, suivis bientôt par le riff reconnaissable entre mille de Porcherie.   
C'est alors que je compris. Comme une révélation, une évidence même : les paroles de ce déglingué de Saint Jean Ludwig prirent tout leur sens.
Je ressortis Nada et le son de ma jeunesse réveilla en moi ce sentiment d'urgence ressenti à l'époque. Urgence de vivre, urgence d'avancer. Mais surtout, aujourd'hui, urgence d'instruire !
Instruire la jeune génération, lui faire écouter ces chansons pour qu'elle comprenne que le danger d'entendre à nouveau le bruit des bottes existe toujours, et qu'il est de notre devoir à tous de ne pas se laisser berner et encore moins de s'endormir. Comme il est aussi de notre devoir, à un autre niveau, de ne pas nous laisser bouffer par le Medef.
Partager avec eux ces chansons, car nos keupons contestataires faisaient, comme les Ludwig à l'époque, une musique bien plus jouissive que celle que les rapeurs protestataires peuvent produire aujourd'hui.
Punk is not dead - Yes, future !
Vous pensiez vous en tirer à si bon compte ? Vous vous berciez d'illusions, amis lecteurs, si vous pensiez que je vous laisserais ainsi après vous avoir parlé des Bérus et des Ludwig von 88, en passant outre les événements qui ont suivi ce jour béni de la visite sacrée de Saint Jean Ludwig.
Et bien sachez que j'ai suivi ses conseils. J'ai acquis ledit livre, que Karim Berrouka a eu l’obligeance de foutre en l'air en écrivant dedans avec son stylo bille (et j'en suis super jouasse, même s'il m'avait déjà esquinté un autre de ses livres, La Porte, lors d'un salon il y a moult années. Mais je vous parlerai de celui-ci un autre jour. Bref, une fois acquis, j'ai trimballé un peu partout ce copieux volume car il m'a été impossible de le lâcher !
Je me suis tout bonnement régalé, parce que ce livre est bourré de moments de bravoure, de moments de dénonciation, de moments punk'n'roll, de moments qui fleurent bon le houblon, et cela toujours avec cette pointe d'humour décalé qui caractérise le style de cet auteur que je vous recommande plus que chaudement !

(Cette chronique a été rédigée il y a plus de deux ans, soit en 2017 il me semble bien. Karim, Grand Maître du Trash, a depuis commis d'autres forfaitures: un livre qui me touche particulièrement, comme il est un bel hommage à Lovecraft : Celle qui n'avait pas peur de Cthulhu, et avec ses potes des Ludwig, un Maxi puis un nouvel album plein de beaux et bons morceaux, qui vient tout juste de sortir : 20 chansons optimistes pour en finir avec le futur, que je vous recommande vraiment, mais vraiment tout plein... j'espère trouver le temps de venir vous parler de tout ça avant la fin du monde).
 
*nos dirigeants bien-pensants nous le recommandent (car ils tiennent sincèrement à ce que nous ne crevions pas trop vite et ce, afin de pouvoir payer taxes et impôts le plus longtemps possible dans le seul but de les engraisser) : il faut consommer les boissons qui rendent joyeux avec modération.


À propos de l'auteur (et un peu aussi de moi) :

Karim Berrouka, ça fait super longtemps qu'il fait partie de ma vie, et il ne le sait même pas ! Et en plus il s'en fout sûrement !
C'est lui qui, avec des potes, dans les années quatre-vingt, décide de faire du punk rigolo (mais pas que) en fondant les Ludwig von 88. Tout commence avec l'enregistrement du premier album Houlala en un week-end (magnifiquement réédité par les Archives de la Zone Mondiale), opus qui reste une tuerie absolue et que je réécoute toujours avec autant de plaisir. D’innombrables autres galettes suivent. C'est donc en partie lui qui m'incite alors à torturer ma guitare (classique) pour faire des chansons et créer ainsi un groupe avec mon cousin, groupe qui n'a jamais tourné et qui n'a enregistré que quelques titres sur une cassette jamais éditée (heureusement). Donc, le moi jeune à l'époque a une poignée de vinyles (le reste était sur des cassettes ripées) : deux Bérus, le premier Garçons Bouchers, et ce Houlala... Sacro-saint de mes albums préférés.
Or donc, le moi vieillissant se détourne de cette fureur de jeunesse pour se plonger dans la littérature fantastique, Poe et Lovecraft, mais ça vous le savez déjà. Et quelle n'est donc pas ma stupeur de croiser un jour le nom de Karim Berrouka au cœur même du bouquin dans lequel est publiée ma première nouvelle Le Puits (qui souffre, je trouve aujourd'hui, des méfaits du débutant) dans HPL 2007 (Editions Malpertuis). D'ailleurs, sa nouvelle "Soleil noir" y est une de mes favorites. C'est donc ainsi que Karim réapparait dans ma vie.
Et puis un jour, me balladant dans un salon de littérature fantastique en région parisienne je découvre une toute jeune maison d'édition prometteuse : Griffes d'Encre. Stupeur, à nouveau, car sur la couverture d'un de leurs ouvrages apparaît le nom de l'auteur dont je suis en train de vous parler (vous suivez ?). Et d'apprendre que, non seulement, ledit bouquin est à la portée de ma bourse, mais qu'en plus son auteur est, quelques tables plus loin, en dédicace ! Et pour mon plus grand plaisir, c'est avec le sourire et un stylo qu'il griffonne quelques mots dans le livre. Il ne sait pas alors qu'il fait partie de ma vie depuis longtemps. Mais c'est le cas de beaucoup de monde. Y'a beaucoup de gens qui aiment les Ludwig von 88.
Le temps passe, je poursuis ma vie d'écrivain du dimanche qui n'écrit pas le dimanche, en écoutant du métal et en allant au boulot tous les jours. Un jour me prend l'envie soudaine d'enregistrer mes propres chansons, anciennes et nouvelles (parce que je "compose" toujours) et de les partager en ligne (ma page Bandcamp est là, mais n'y allez pas). Et je réalise que j'ai toujours de la colère au fond du dedans de moi. Du coup je ressors le seul vinyle des Bérus qu'il me reste. Quant à Houlala, il a disparu. Je rachète plein de CDs et des vinyles aussi, et retombe dans ce monde que je n'aurais jamais dû quitter.
C'est à ce moment là que m'apparaît Saint Jean Ludwig, suite à la publication d'un petit entrefilet publicitaire d'actuSf sur Facebook, et Karim Berrouka, une fois de plus, ressurgit dans ma vie. Sauf que maintenant on est amis (lui, mon double et moi) sur Facebook, que je suis super content et qu'il s'en fout toujours autant, et que jamais, au grand jamais, je ne lui en voudrai, car c'est la "vie" des réseaux sociaux.
Ce qui est bien, c'est qu'il a écrit d'autres livres (et qu'il va en écrire plein d'autres), que je ne suis toujours pas aveugle, ni mort, et que je vais pouvoir les lire ! Joie.
Donc, les amis, lisez donc Le club des punks contre l'apocalypse zombie.
Parce que c'est un bon livre.

Quatrième de couverture :  
Paris n’est plus que ruines. 
Et le prix de la cervelle fraîche s’envole. 
Heureusement, il reste des punks. 
Et des bières. 
Et des acides. 
Et un groupe électrogène pour jouer du Discharge. 
Le Club des punks va pouvoir survivre à l’Apocalypse. 
Enfin, si en plus des zombies, les gros cons n’étaient pas aussi de sortie... 
Il est grand temps que l’anarchie remette de l’ordre dans le chaos ! 
Politiquement incorrect, taché de bière et de Lutte finale, Le Club des punks contre l’apocalypse zombie est un condensé d’humour salutaire.

Disponible un peu partout, comme sur le site de l'éditeur en cliquant ici, pour 18 euros. (Mais pas dédicacé. Eh non !)
Disponible aussi au format eBook,  5,99 euros.
Disponible encore en format poche chez J'ai lu, par exemple là, à 8 euros.Moi je dis : foncez !

Le club des punks contre l'apocalypse zombie, par Karim Berrouka
ActuSF, les 3 souhaits.
Illustration couverture : Diego Triporti. Conception : Eric Holstein
Mai 2016. 416 pages. 18 euros
Prix Julia Verlanger 2016.  
ISBN : 9782366298161

vendredi 1 novembre 2019

Caviardages, par Timothée Rey

La clef d'argent - 2015

France, langue française.

- Caviardages
Gabriel Bonpoigne est lexicographe. Il possède tout type de dictionnaires, des anciens aux plus récents. Il a pourtant trouvé, chez un bouquiniste, un exemplaire étrange non daté, sans éditeur, écrit par un certain Bonamy qui lui est parfaitement inconnu. Il contient des définitions relativement proches des autres dictionnaires. Cependant, à la suite d'une maladresse de sa part, cet homme qui tourne les mots dans tous les sens va découvrir que cet ouvrage a un pouvoir particulièrement étrange. Et ce sont alors les mots qui vont rapidement tourner la vie du vieux lexicographe sans dessus-dessous.
C'est court, efficace, une idée somme toute simple que Timothée Rey a habillée magistralement pour la rendre élégante à lire, la tournant et la taillant comme seul un tailleur sait ciseler avec justesse un petit cailloux pour en faire un diamant.

- Dans la galette
Quand on est un grand amateur de jazz et qu'on se trouve invité à une écoute de classiques de Duke Ellington, même si l'hôte est un inconnu absolu, on ne peut refuser. Ces rencontres fortuites apportent souvent d'agréables moments de discutions entre passionnés. Mais notre héros va découvrir avec effroi que, parfois, ces réunions peuvent aussi être emplies de terreur et révéler d'incroyables et insoupçonnés secrets...
Une magnifique et terrifiante histoire qui nous plonge dans la magie de la musique, jouée telle une incantation à des Dieux inconnus et terribles. Quant au final époustouflant, il confirme que cette nouvelle est un monument bâti sur une idée excellente.

- Reperdre Giulietta
C'est dans les ruelles et sur les places des oniriques Italies que chaque nuit Ludovic cherche longuement Giulietta, pour la retrouver enfin et la reperdre tout aussitôt... Un rêve récurant et sans fin qui fait de cette quête de la femme parfaite un cauchemar continu et insupportable.
Nous voici transportés avec le personnage principal dans ces Italies imaginaires, faites de plusieurs villes connues et de stéréotypes touristiques, pour une histoire encore une fois bluffante et belle.

- On n'est jamais trop prudent.
La vie de Gaëtan est régie par des obligations, des codes simples et précis qui se doivent d'être respectés et répétés quotidiennement. Certains pensent qu'il est dépressif, voire un peu fou, alors qu'il est tout simplement ordonné et prévoyant !
En maniant l'humour avec une aisance et une dextérité jubilatoire, cette histoire nous remet pourtant en place quand, à la toute fin, la réalité justifie les nombreux TOC et autres superstitions du personnage. Une amusante et cependant dérangeante histoire.

- L'étude du soir.
Claude, instituteur, a accepté de s'occuper de l'étude du soir. Il tient, un peu à sa propre surprise, un journal dans lequel il consigne les petites choses anormales. Tels ces tapotements dans sa salle de cours, qu'il semble être le seul à percevoir. Ou encore ce comportement étrange qu'on deux de ses élèves nouvellement arrivées.
Une angoisse sourd de ces pages écrites par le professeur, qui ne fait que transcrire les choses simplement tel qu'il les perçoit. Un style tout à fait différent donc des nouvelles précédentes, adapté au narrateur, qui change cependant au moment du dénouement. Encore une chouette histoire !

- Quand ça part en brioche...
Mikulas est pâtissier à Prague, il confectionne toutes sortes de gâteaux et brioches. Avec un petit tas de pâte souillé il confectionne un petit bonhomme qu'il place en décoration dans sa vitrine...
Timothée Rey nous fait visiter Prague sans qu'on s'en rende compte. Il connaît les spécialités culinaires du coin, et sait intelligemment agrémenter son histoire de mots tchèques, nous transportant à des centaines de kilomètres et conférant à cette histoire fantastique une crédibilité déroutante. Le dénouement nous enseigne cependant que cette histoire ne pouvait se dérouler ailleurs qu'à Prague. Un sympathique et magnifique clin d'œil en forme d'hommage à Gustav Meyrink.

- Chambre d'écho.
Il entend des sons. Des résonances. Puis des pigeons viennent se fracasser contre sa fenêtre, pour aller s'écraser plus bas, dans la cour. Il ne sait pas pourquoi, seulement autour de sa fenêtre, seulement sur sa fenêtre... Il sort, rien d'anormal dehors. Il rentre alors, il reste seul dans sa chambre. Seul sur son matelas. Seul.
Une étrange nouvelle que cette chambre d'écho. Étrange histoire que j'avoue ne pas être certain d'avoir absolument compris. Je me console en pensant que c'est plus que certainement volontaire...


Timothée Rey est un auteur talentueux qui sévit dans nombre de revues, fanzines et anthologies (j'ai eu l'honneur de le côtoyer dans HPL 2007, aux éditons Malpertuis) et dont le style (les styles, devrais-je dire !) sont solides et l'écriture jouissive pour qui aime le fantastique.

Chaque nouvelle de ce recueil est une petite perle noire, aussi rare que savoureuse, faisant de ce livre un met délicieux pour tout les amoureux de belle écriture au service d'idées somptueuses : un titre on ne peut plus adéquat que ce "Caviar d'âges", aussi goûteux qu'un spiritueux vieilli en fûts ancestraux durant des décennies...

Caviardages et autres nouvelles, par Timothée Rey.
La Clef d'Argent, collection KholekTh N°2
Novembre 2008. 122 pages. 9 euros
Couverture : Sébastien Hayez.
ISBN : 978-2-908254-70-9

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