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dimanche 14 juin 2015

2001, l'odyssée de l'espace, par Arthur C. Clarke


J'ai Lu, 1978

États-Unis, langue anglaise, traduction langue française.



L’apparition d’un monolithe sur la terre, en ce reculé temps préhistorique, semble avoir joué un rôle important sur l’évolution des primates, souche de l’humanité. Mais quel rôle joue-t-il, ce monolithe découvert par les hommes, enfoui sous la cendre lunaire ?
C’est le mystère que plante le début de cette odyssée, qui nous mènera aux confins de l’espace et bien au-delà, nous projetant au fin fond de l’univers le plus insondable qui soit : nous-mêmes…

Voilà un livre pour lequel j’avais une terrible appréhension.
Un monument de la SF, pendant littéraire d’un film monumental et culte que je n’ai jamais compris.
Certes, j’étais tout jeune quand je l’ai vu. Mais il m’a laissé le souvenir d’un film magnifique, aux images époustouflantes bercées d’une B.O. atemporelle, tout ceci formant le terreau fertile sur lequel a poussé une excessive frustration, comparable à celle que l’on ressent lors d’un rendez-vous manqué.
Le challenge Morwenna (pour lequel j’ai déjà lu et chroniqué « Demain les chiens ») me donne l’occasion de surmonter cette appréhension, pour en découdre une bonne fois pour toutes avec ces livres qui me pétrifient depuis mon plus jeune âge, tout en me faisant envie.
Je ne peux poursuivre plus avant cette chronique sans ajouter la petite anecdote personnelle derrière le livre lui-même. Il fait partie de la collection récupérée de feu mon frangin (souvenez-vous). Ce livre a donc une histoire, avec cette particularité d’avoir ses pages légèrement gondolées. En entendant le léger craquement produit par la manipulation de ces dernières, je me suis senti projeté près de trente ans en arrière, ce son me renvoyant l’image de mon frère sortant de la salle de bain, serviette autour de la taille, l’air effaré en regardant son livre trempé. Il aimait lire dans la baignoire. Mais je crois que c’est bien la dernière fois qu’il le fit. Quoi qu'il en soit, l’ouvrage fut séché, sauvé et apprécié par mon frère avant de ne l’être par votre serviteur, quelques décennies plus tard.
Revenons donc à nos monolithes noirs (ou transparents, c’est selon).
En premier lieu, j’ai été frappé de lire le sous-titre sur la couverture : « d’après un scénario original de Stanley Kubrick et Arthur C.Clarke ». Et bien, quitte à passer pour une andouille, je ne savais pas. Oui, j’ai toujours pensé que le film était une adaptation du livre. Mais en fait, non, c’est une création commune. Ce qui n’a fait qu’accroître mon appréhension…
Allais-je prendre plaisir à le lire ?
Allais-je comprendre quelque chose ?
Ne serai-je pas perdu au bout de quelques pages, au risque de revivre ce rendez-vous manqué, cette frustration suscitée par le film ?
Le début me laissa penser le contraire. D’une lisibilité enfantine, le premier chapitre nous conte les événements que l’arrivée d’un monolithe provoque dans la vie d’un groupe de primates, à la façon des contes préhistoriques de J.H. Rosny ainé. Ouf, ça commence bien.
Puis nous nous retrouvons soudain propulsés dans l’espace, non loin de la Lune, où ce fameux monolithe a été retrouvé enfoui sous la poussière lunaire. Pour embarquer finalement à bord d’Explorateur 1, qui navigue dans l’espace en direction de Saturne et ses anneaux… C’est là que nous abordons une longue phase de descriptions, qui de prime abord avaient refroidi mon ardeur.
Et puis je me suis laissé prendre par les envoûtantes images que la plume d’Arthur C. Clarke avait déposées sur les pages du livre. De soudainement blasé (et inquiet de voir l’histoire m’échapper), je me suis trouvé totalement emporté dans ce voyage spatial, au point d’avoir du mal à me sortir la tête des étoiles entre deux séances de lecture.
Enfin, je me suis vu projeté bien au delà, pour vivre une étonnante métamorphose, celle du héros, mais aussi la mienne. Car lorsque j’ai lu le mot final, captivé par la montée en puissance du dernier chapitre qui explose littéralement en une apothéose terrible, mais magnifique, j'ai ressenti la profonde conviction que 2001, l’Odyssée de l’espace est bel et bien un chef-d’œuvre !
2001, l'odyssée de l'espace est le premier d'un cycle comportant quatre livres (2010, Odyssée deux; 2061, Odyssée trois et 3001, l'Odyssée finale). Les lirai-je un jour ? Rendez vous en 3001 pour le savoir !


On ne présente plus Arthur C. Clarke, cet auteur mythique de science fiction né en 1917 au Royaume-Uni et décédé au Sri Lanka en 2008. On ne présente plus son œuvre immense, visionnaire, une référence du genre. Je me devais juste, pour le lien avec les montagnes hallucinantes, signaler qu'il est responsable d'un petit pastiche amusant (édité à la Clef d'Argent, toujours disponible) des "Montagnes Hallucinées" de Lovecraft.

Bonus, la couverture de l'édition originale américaine :


2001, l'odyssée de l'espace, par Arthur C. Clarke
J'ai lu
Traduction de Michel Demuth
Titre original : 2001 : a space odyssey
Illustration couverture : Tibor Csernus

1er trimestre 1978. 310 pages
ISBN : 2277113492

http://laprophetiedesanes.blogspot.fr/

Cette chronique fait partie du challenge Morwenna's List, instigué par la prophétie des ânes.


mardi 31 mars 2015

Demain les chiens, par Clifford D. Simak

J'ai lu, 1978


États-Unis, langue anglaise, traduction langue française.



Qu'est-ce que l'homme ? A-t-il réellement foulé la Terre, ou n'est-ce qu'une légende rapportée par les huit contes qui composent ce livre ?
Qu'est-ce qu'une cité ? Les hommes, s'ils ont réellement existé, ont-ils vraiment vécu dans ces endroits, ces maisons, ces fermes ?
Qu'est-ce que la guerre ? Qu'est-ce qu'un meurtre ? Est-il vrai que l'homme tuait les animaux ? Tuait même son prochain ?
Les hommes, ont-ils laissé aux chiens cette planète, ces robots, ces vestiges ? Ou ne sont-ils finalement qu'un mythe, créé par les conteurs pour alimenter les veillées des chiens qui se retrouvent le soir au coin du feu ?

Avant de vous parler du livre – l’histoire - je me dois de vous parler du livre – l’objet – lui-même. Celui que j’ai tenu entre mes mains, et dont j’ai scanné la couverture pour illustrer cette chronique.
Il fait partie d’une collection d’une dizaine de titres, tous édités chez J’ai lu, acquis par mon frère dans les années 80. Mon frère était un artiste, illustrateur, dessinateur de BD et scénariste. À 14/15 ans, il s’était pris de passion pour la SF, et pour les belles couvertures de la collection de cet éditeur. Principalement celles de Tibor Csernus et de Boris (et il n’est pas difficile d’être d’accord avec lui), car bon nombre des couvertures des livres que j’ai récupérés portent leurs signatures.
Demain les chiens cependant a une histoire particulière…
C’est un des rares livres, je pense, que mon frère ait prêté à mon père qui aimait la lecture et n’était pas rétif à ce style de littérature.
Je me souviens parfaitement qu'il lui avait fait forte impression, car il n’était pas rare qu’il le cite lors de nos discussions.
Voilà donc un titre que je me promettais de lire un jour. Car un ouvrage autant apprécié par son frère que par son père, fait naturellement figure de livre de référence. Un peu comme le livre familial.
Maintenant que je l’ai lu, nul doute que Demain les chiens se trouvera en bonne place sur la liste des recommandations que je dois établir pour mes propres enfants.

J'ai l'habitude, quand il s'agit de recueil de nouvelles, de parler de celles-ci une par une. Ici cependant, le format est un peu différent, donc ma méthode l'est aussi. Car s'il s'agit de huit nouvelles écrites et publiées séparément entre 1944 et 1951, elles  forment un tout cohérent, liées par ces introductions ajoutées par Clifford D. Simak lui-même lors de leur parution en recueil. Je ne ferai donc pas la dissection de chacune d'entre elles, mais une présentation du tout.
Les huit nouvelles qui composent cette œuvre, ces huit histoires qui sont autant de légendes chez nos amis à quatre pattes du futur, sont de véritables merveilles. Elles nous dévoilent la disparition progressive de l'homme et proportionnellement la place importante que prennent les chiens (et les robots (et les fourmis !)).
Ce sont surtout huit grandes claques dans la figure de notre société, aussi bien celle des années 40/50, au moment de la rédaction et de la publication des histoires, que celle actuelle, post-2000. Ah, oui, quand même : ce livre a plus de soixante ans, et garde toute la verve d’une critique cinglante, mais distillée parfois avec humour, de notre humanité…
De l’humour, mais aussi beaucoup de justesse d’analyse, de ce qu’étaient – déjà – les folies humaines, lourdes héritières de deux conflits effroyables et meurtriers, à l'aube d'une guerre aussi froide que nerveusement éprouvante. C’est une Science Fiction de l’air atomique, certes, mais qui reste cependant sérieusement adaptée à cette époque dans laquelle nous vivons non plus dans la peur des bombes, mais sous la terreur sournoise d'attaques aveugles. Une telle intemporalité n'est-elle pas tout simplement la marque de fabrique des chefs-d’œuvre d'anticipation ?
Bon, je dois avouer que, n'étant pas un grand connaisseur de SF mais plutôt de fantastique/horreur, je m’emballe peut-être rapidement à la lecture de récit d’anticipation de cette trempe !
Cependant.
Cependant Demain les chiens, qui jouit d’une réputation d’œuvre majeure dans son domaine, passe pour être la meilleure de son auteur. Je ne pense donc pas me tromper en la plaçant sur le haut du panier des ouvrages à lire afin de ne pas mourir idiot.
Mais que raconte ce livre ? C'est un mystère qui est resté entier pendant de très nombreuses années, et à chaque fois qu'il ressurgissait dans ma vie, je me posais la question. Comment donc remplir plus de trois cent pages, rien qu'en racontant des histoires de chiens qui dans le futur se racontent eux-même des histoires au coin du feu ?
Quelle pensée réductrice... et quelle idiotie de s'en tenir au petit résumé de la quatrième de couverture...
Non, définitivement non, ce n'est pas non plus un traité d'élevage canin à l'usage de nos arrières, arrières, arrières petits enfants. C'est un livre sur l'humanité. Sur ce que l'homme a de pire, et qui le mènera non pas spécifiquement à sa perte, mais à sa disparition de la surface du globe, comme toutes les chances qui lui ont été offertes, toutes les découvertes qu'il a pu faire, il les repousse, les nie, les rejette, les ignore, les réfute. C'est un livre qui soulève les inquiétudes humaines, qui fait se poser des questions quant à notre existence actuelle, en projetant l'homme, l'humain, dans les siècles à venir. Quelle place occupera-t-il sur Terre plus tard ? Et surtout quelle place va-t-il perdre sur cette Terre qui ne semblera alors n'être plus habitée que par les animaux, les chiens en particulier, et les robots laissés par l'homme pour servir les chiens. Chaque personne qui se plonge en ces pages peut y découvrir par lui-même la progression, l’avènement des chiens, qui n'arrivent pas là par la force - comme certains singes dans une autre œuvre d'anticipation majeure - mais par la volonté humaine.
Il m'est particulièrement difficile de parler du fond de ce livre sans en révéler ce qui en fait son intérêt, son intrinsèque vérité, le message qu'il laisse à ses lecteurs. Je peux juste dire qu'il fait partie de ces ouvrages qui laissent une trace indélébile dans la mémoire, comme il participe au perfectionnement de notre perception du monde.

Comme mentionné au début, j’ai lu cette œuvre dans son édition de 1978. Les gens curieux qui auront la bonne idée de suivre mon conseil (lisez ce livre !) peuvent le trouver sans problème auprès de leur libraire indépendant préféré. Il vient en effet d’être réédité chez J’ai lu, dans une nouvelle traduction, mais surtout avec un récit inédit, ajouté par Clifford D. Simak bien plus tard, et dont je ne peux du coup rien dire… ça va de soi !
Clifford D. Simak (03 août 1904 - 25 avril 1988) 
Il me plaît de croire que là où ils sont, s'ils sont quelque part, mon frère et mon père sont devant une bière, en train de discuter de cet avènement des chiens... Salut le vieux, salut frangin, cette chronique vous est dédiée !

Une fois n’est pas coutume, je vais me faire plaisir en vous embarquant dans un petit voyage dans le temps avec les couvertures des Pulps qui ont vu la première publication des histoires constituant ce volume – en mentionnant à chaque fois le titre original de chacune d’elles et sa date de publication.
La Cité (City) - Astounding Science Fiction, Mai 1944
La tanière (Huddling Place) - Astounding Science Fiction, Juillet 1944
Le recensement (Census) - Astounding Science Fiction, Septembre 1944
Les déserteurs (Desertion) - Astounding Science Fiction, Novembre 1944
Le paradis (Paradise) - Astounding Science Fiction, Juin 1946
Les passe-temps (Hobbies) - Astounding Science Fiction, Novembre 1946
Esope (Aesop) - Astounding Science Fiction, Decembre 1946
Un moyen bien simple (The Trouble with Ants) - Fantastic Adventures Janvier 1951
Demain les chiens, par Clifford D. Simak
J'ai lu
Traduction de Jean Rosenthal
Titre original : City
Illustration couverture : Tibor Csernus

4eme trimestre 1978. 311 pages
ISBN : 2277113735

http://laprophetiedesanes.blogspot.fr/

Cette chronique fait partie du challenge Morwenna's List, instigué par la prophétie des ânes.