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dimanche 3 mai 2015

Calling Cthulhu, deuxième livraison

L'ivre-Book, 2014

Collection "Imaginarium"

Langue française, France.

L’ivre-Book, éditeur (presque) tout numérique, avait publié il y a déjà quelques mois les trois premiers titres de sa série « Calling Cthulhu », titres que j'avais beaucoup appréciés et chroniqués ici.
Me voici de retour, afin de vous présenter les trois suivants, sortis peu de temps après.
À noter que beaucoup d'autres histoires sont parues depuis. Je n'ai donc pas fini de vous parler de cette collection devenue désormais incontournable.

 


L'appel du Great Auld Ane, par Aurélie Gisbert
C’est l’histoire d’une bande de copains/copines qui se fait une virée dans le vieux Lyon, dans le but d’écluser qui quelques bières, qui quelques whisky, durant un interminable barathon. 
De pinte en pinte et de verre en verre, ils décident de terminer leur balade dans ce nouveau bar, le Great Auld Ane.
Mais l’une des buveuses, peut-être moins imbibée que ses compagnons, y remarque l’apparence et le comportement étrange de certains clients : peau grise et squameuse, yeux globuleux, totalement inertes devant leurs bières intactes, ressemblant comme deux gouttes à des poissons hors de l’eau…
D’ellipses en flash-back, l’auteure nous raconte cette virée nocturne qui tourne à ce qui semble n’être qu’une hallucination collective. Un hommage ouvert à l'excellent film "le dernier pub avant la fin du monde" (The Wold's End) d'Edgar Wright, dont il reprend la trame...
Une lecture plaisante, amusante même, pour ce que je jugerais bien volontiers de pastiche aux accents d’hommage au Mythe plus qu’autre chose. Une nouvelle qui vaut le détour, que l’on soit lyonnais ou non, ne serait-ce que pour cette idée d’invasion de l’ancienne capitale des Gaules par les profonds, ou simplement pour savoir que faire de son reste de « fish and chips »…

L’autre dieu (une aventure de la ligue des ténèbres), par Catherine Loiseau
Samantha, voyageuse entre les mondes, semble être la seule rescapée du crash de sa machine. Elle erre dans la campagne déserte à la recherche de ses compagnons disparus, avant d’arriver aux portes d’une ville nommée Arkham. Elle y fait bientôt la rencontre d’un certain Carter, qui l’aidera dans sa quête à travers ce monde plus qu’étrange…
Une balade intelligente en Lovecraft-land, qui nous fait visiter l’œuvre de HPL – du moins celle qu’il est coutume de rattacher au Mythe – à grand renfort de clins d’œil et de citations. Un bien bel hommage rendu au Maître de Providence, non dénué d’humour, qui mérite bien qu’on lui érige une statue au milieu de cette nouvelle Arkham ! Quant à la ligue des ténèbres... série ou pas série ?



He walked by night, par Kane Banway
Le plus terrible quand on se prend une bastos dans le ventre, c’est de continuer à lutter alors qu’on sait la partie terminée. Non, le plus terrible c’est de se savoir poursuivi par le tueur à gages à qui appartenait cette balle qui nous tiraille les boyaux et nous fait pisser le sang, parcouru par cette frayeur de s’en prendre une deuxième. Non… le plus terrible finalement, c’est de se rendre compte que tout ceci n’est pas si terrible que ça, au moment où l’on fait face à l’incommensurable horreur tapie dans les sous-sols d’un bâtiment en construction. Car si mourir fait peur, cela semble pourtant doux et bon quand on réalise qu’il y a pire encore que la mort…
La voici, la seconde claque, délivrée par cet éditeur. Une idée formidable qui débute sur cette poursuite d’une victime et de son bourreau, pour nous mener dans les contrées les plus obscures de nos frayeurs, endroits à peine effleurés dans nos pires cauchemars. Une invite à descendre profondément dans la Peur avec un grand P, et à ouvrir les yeux vers l’univers, ce grand tout qui abrite ces petits riens que nous sommes.


Bilan de cette deuxième livraison : du drôle, du beau et de l’effrayant (dans le sens noble du terme), trois auteurs à découvrir rapidement, tellement leurs histoires procurent de ces plaisirs aussi essentiels que différents. Et puis, vous l’aurez compris, ce point bonus (même si je n’attribue jamais de notes) accordé à la troisième nouvelle – He walked by night – pour son étonnante ambiance, son écriture, et sa maîtrise.
À bientôt pour de nouvelles aventures digitales, aussi plaisantes que celles-ci !

The Great Auld Ane, par Aurélie Gisbert
L'ivre-Book, collection Imaginarium. 
07 mars 2014. 26 pages environ. 1,49 euros 
ISBN : 9782368920626
L'autre Dieu, par Catherine Loiseau 
L'ivre-Book, collection Imaginarium. 
07 mars 2014. 27 pages environ. 1,49 euros 
ISBN : 9782368920633
He walked by night, par Kane Banway 
L'ivre-Book, collection Imaginarium. 
18 mars 2014. 24 pages environ. 1,49 euros 
ISBN : 9782368920619 

Couverture de la collection "Calling Cthulhu" créée par Gwen Vibancos.

dimanche 4 mai 2014

Tekeli-li, par The Great Old Ones

Les acteurs de l'ombre, 2014

France, Musique, Post-Black-Metal.

 

 

Je ne suis pas fou.

Je souhaite juste aujourd'hui prévenir le monde des horreurs indicibles que cette nouvelle expédition dans l'univers sombre de ce groupe pourrait libérer dans l'esprit de son auditeur.

Non, je ne suis pas fou.

Je les ai entendues, ces longues envolées de guitares implacables, forme nouvelle de ces musiques impies que devait jouer Erich Zann dans son grenier, face à sa fenêtre ouverte sur le néant. Je les entends encore, ces chants hurlés à la face du monde, distillant toute l'horreur vécue par les protagonistes en antarctique face à la vision infernale, la découverte macabre des corps déchiquetés laissés dans le campement par d’innommables créatures...

Elles résonnent toujours en moi, les charges lourdes d'une basse impeccable, et les heurts d'une batterie sonnant comme mille canons. Mon être tout entier vibre encore, tant il est secoué de ces jouissances démentes, procurées par ces sons venus d'outre-espace...

Que n'avais-je été prévenu, cependant, de l'addiction puissante qu'allait provoquer en moi la découverte de ces indicibles secrets. Oui, la musique des Great Old Ones est une chose magnifiquement sombre, une de ces trouvailles que l'on fait un jour, en sachant qu'elle nous accompagnera pendant  longtemps.


The Great Old Ones (TGOO pour les intimes) est un projet sur lequel travaille Benjamin Guerry (chant / guitare) depuis 2009. Sa rencontre décisive avec Jeff Grimal (chant / guitare) en 2011 confirme son envie de pousser plus loin ce projet, qui se concrétise avec l'arrivée de Xavier Godart (guitare), de Sébastien Lalanne (basse) et de Léo Isnard (batterie). Dès le premier album, Al-Azif  (terme arabe qui fait référence aux hurlements des démons dans le désert, et qui est le nom original donné au livre maudit de l'arabe fou Abdul Al-Hazred, le Nécronomicon), qui sort en 2012, The Great Old Ones rencontre un succès plus que mérité. Le deuxième album, Tekeli-li donc, ne fait que confirmer ce que l'on sait déjà : Les Great Old Ones sont des grands. Des très grands !



Quand un groupe sort un premier album aussi bon que Al-Azif, il est attendu au tournant avec son second. Mais douter à-priori de la qualité de Tekeli-li, le nouvel opus de The Great Old Ones, par principe primaire et éculé, aurait été un affront.

Avec le talent qu'ont ces musiciens bordelais, il est tout bonnement impossible de faire moins bien. On peut au minimum faire aussi bien. Mais force est de constater que, même si Al-Azif était un incroyable album, Tekeli-li va bien au delà de tout ce que l'on pouvait espérer, par delà les montagnes hallucinantes, par delà l'excellence !

En vérité, il m'est difficile de poser concrètement les idées qui se bousculent dans mon crâne, inspirées par l'écoute en boucle de ce disque, pendant des heures, de jour comme de nuit. Il m'est difficile de retranscrire fidèlement ce que j'ai envie de vous hurler, amis lecteurs, pour vous faire comprendre combien ce groupe est un des plus importants de la scène musicale actuelle.

Oui, certains diraient que les non-amateurs de métal pourraient passer leur chemin. Ils peuvent toujours. Mais ils se priveraient d'un moment d'intense bonheur que seul les chefs-d’œuvre sont capables de provoquer...

Alors The Great Old Ones étaient attendu au tournant, et ils ont parfaitement maitrisé le virage, en se permettant même de passer la vitesse supérieure sans faire de tête à queue.


Tekeli-li, quel drôle de nom, me direz-vous ? Les amateurs de Lovecraft, comme de Poe, l'auront cependant reconnu. C'est le cri poussé par des sauvages dans le seul roman écrit par Edgar Allan Poe les aventures d'Arthur Gordon Pym. En guise d'hommage, et parce que les montagnes hallucinées de Lovecraft est une suite aux aventures de Gordon Pym, "Tekeli-li" devient le cri des Shoggoths, ces créatures de la cité extraterrestre éveillées par les membres de l'expédition de l'université de Miskatonic.

Et parce que ce deuxième opus des Great Old Ones, le meilleur groupe lovecraftien que cette fichue planète ait porté, a pour inspiration cette histoire du maître de Providence, il était fort judicieux, et bien vu, que l'hommage se perpétue.

 

Mais l'album, alors ? Et la musique ?

Et bien le début de cette chronique vous l'aura fait comprendre: c'est du lourd, du bon.

Certains titres sont écrits en français. Non chantés, ils content l'histoire de l'expédition, ou introduisent certains autres morceaux. Les autres sont chantés, d'une voix grunt, typique au genre métal, d'une maitrise absolue.

Voici, brut de brut, les titres de l'album:

 - Je ne suis pas fou

- Antartica

- The Elder Things

- Awaening

- The Ascend

- Behind the Mountains

Ne manquez pas d'aller jeter une oreille sur le site bandcamp des acteurs de l'ombre, qui distribue l'album. 

Mais surtout, faites vous plaisir, achetez le CD, ou le double vinyle magnifique. Voyez plutôt :

 

http://www.lesacteursdelombre.net/productions/v2/?post_type=product 

Je suis pour ma part l'heureux propriétaire du coffret CD N° 114 sur 150, incluant un exemplaire des montagnes hallucinées de Lovecraft agrémenté de magnifiques illustrations de Jeff Grimal qui, non content de jouer incroyablement de la guitare, sait manipuler le pinceau avec brio !
Oui, car c'est à lui que l'on doit les magnifiques pochettes de The Great Old Ones ! Allez visiter son site pour vous en rendre compte par vous même !

Et puis voici, pour conclure, les liens vers le site officiel du groupe et leur page Facebook

Je ne suis pas fou.
Non.
Je ne suis pas fou...

Tekeli-li, par The Great Old Ones.
Guitare/Chant/Paroles : Benjamin Guerry
Guitare/Chant/Art: Jeff Grimal
Guitare : Xavier Godart
Basse : Sebastien Lalanne
Batteries : Léo Isnard 
Enregistré par Cyrille Gachet.
CD, ou double LP, les acteurs de l'ombre.
16 Avril 2014

dimanche 16 février 2014

Calling Cthulhu, première livraison

L'ivre-Book, 2014

Collection "Imaginarium"

Langue française, France

L'ivre-Book est un éditeur tout numérique que je viens de découvrir au détour d'une page web. Son catalogue est riche de plusieurs collections, allant de genres aussi variés que le polar, l'humour, l'érotisme, mais tout de même fortement orienté vers le fantastique et l'imaginaire, flirtant avec l'horreur, la fantasy et la science-fiction.
Après un appel à texte lancé il y a quelques mois, et auquel je m'étais juré d'essayer de participer (tiens, j'ai oublié !!), vient donc de naître, au sein de la collection Imaginarium, cette toute nouvelle série: Calling Cthulhu. Avec un nom pareil, je ne pouvais que me ruer sur ma liseuse électronique (que j'ai nommé Cthulhu, d'ailleurs), afin de me repaître de ces trois histoires courtes qui constituent la première livraison. Et dans la foulée, je me saisis de ma plume, digitale elle aussi, pour rédiger ces chroniques groupées sous le titre de la collection elle-même...

La compassion de Cthulhu, de Yves-Daniel Crouzet:

Cette nouvelle, la plus longue des trois, nous fait voyager loin de notre territoire, puisqu'elle a la Martinique pour décor. Suite à un tremblement de Terre, Marie-France est découverte à moitié folle et couverte de contusions au pied d'une statue. Internée, elle trouve en Arthur Zann (!), jeune infirmier venu de Métropole et appelé en renfort, un confident de confiance. Et ce qu'elle va lui raconter le propulse dans un trouble affreux, jetant le doute quant à sa réelle aliénation. Il apprend ainsi qu'elle n'est pas la rescapée d'un séisme, mais la survivante d'un sacrifice dont elle était la victime ! Quant aux choses indicibles dont elle lui parle, elles ressemblent effroyablement à celles qu'il a découverte dans les histoires de Lovecraft... Et si, finalement, elle ne disait que la plus pure, la plus innommable des réalités...?
Cela commence avec des citations de Poe et de Lovecraft. Puis, après la découverte des lieux exotiques, nous sommes plongés directement dans l'horreur de la cérémonie subie par Marie-France, où se côtoient rites vaudou et psalmodies r'lyehennes. Cette histoire est un bon pastiche lovecraftien, doté d'un Shoggoth et de son Grand Ancien de rigueur, à l'écriture plutôt prenante et parsemée de moments vraiment captivants. Elle laisse cependant en suspens cette question que je me suis posée dès la lecture du titre: "De quelle compassion Cthulhu est-il capable" ? Oui, cette compassion me laisse encore un arrière goût de perplexité... Un point reste à souligner: Yves-Daniel Crouzet nous gratifie de descriptions des entités plutôt réussies, d'un genre que je trouve rare dans les histoires du Mythe.

Le héros de l'aventure, de Philippe Goaz: 

C'est un peu par hasard, chez un bouquiniste, que le jeune Patrick Gontier tombe sur ce livre étrange "Le chemin sous la montagne maudite". La couverture le lui promet: c'est LUI qui en sera le héros. Alors il se sépare de quelques piécettes, et garde précieusement l'ouvrage dans un coin, en attendant le moment propice. Et le voici enfin, en ce week-end, tandis que ses parents vont rendre visite à de la famille en le laissant seul. Seul avec ses dés. Seul avec son courage, son endurance, et le niveau de folie qu'il ne doit surtout pas dépasser. Mais dans les ténèbres qui l'entourent rôde un danger imminent.  A moins que le danger ne soit les ténèbres...
Voici un pur moment de bonheur. Ancien lecteur/joueur de livres dont vous êtes le héros (LDVELH pour les intimes), j'ai ressenti à nouveau, et ce quelques décennies après, la fébrilité que provoquait systématiquement en moi la découverte d'une aventure. La progression du jeune lecteur m'a replongé quelques instants dans ce monde que seule la lecture d'un livre-jeu apporte. Sauf que l’immersion dans le monde irréel devient des plus terribles pour notre héros. Une histoire donc que tout joueur de JDR de la première génération et lecteur de LDVELH se doit de lire, tant les clins d’œils qui la parsèment sont des plus réjouissants. Une nouvelle bien fisselée qui se lit vite, et débouche sur une fin peut-être un peu prévisible, mais cependant jubilatoire. On en redemande...

Le faussaire, de Faust Netschaiev:

Lavé, l'appartement, parfaitement balayé de ses souvenirs, et des textes écrits par son occupant. Une vie emportée par les eaux, comme la santé mentale de celui qui va essayer, autant se faire que peut, de retrouver l'inspiration, afin de répondre à cet appel à textes. "Le mythe de Cthulhu", inspiré par Howard Phillips Lovecraft, le reclus de Providence, ce Maître du fantastique dont il ne trouve plus trace dans la bibliothèque municipale. Et qui donc sont ces inconnus qui le harcèlent par le biais de lettres anonymes ? Et qui sont ces anonymes qu'il harcèle par le biais de lettres incongrues ? Qui est Lovecraft ? Et lui qui est-il ? Qui est-il finalement ?
Voilà le genre d'ouvrage que j'aime, celui des trois que je préfère sans aucune tergiversation possible. On lit quelques mots, quelques lignes, et on n'a qu'une hâte : lire quelques lignes, quelques paragraphes, quelques pages encore... La folie dans laquelle baigne ce récit est une marque de haute qualité, une prouesse d'écriture subtile aussi dérangeante qu'envoutante. Je ne connaissais pas encore cet auteur, et même s'il prétend ne pas exister, c'est un grand. Je trouve que c'est un hommage au Maître de Providence vraiment réussi, ainsi qu'un joli cadeau à ses lecteurs, que nous offre Faust Netschaiev avec son récit. Et une façon de clore avec brio cette première livraison.

Quelques mots, quelques précisions, concernant cette nouvelle série, dont les trois premiers titres augurent un avenir plus que prometteur. Sont prévus une quarantaine de titres (que j'espère d'aussi bonne facture que ceux-ci), publiés individuellement ou au sein d'anthologies. Une affaire à suivre, donc...

La compassion de Cthulhu, par Yves-Daniel Crouzet
L'ivre-Book, collection Imaginarium.
12 février 2014. 40 pages environ. 0,99 euros
ISBN : 9782368920541
Le héros de l'aventure, par Philippe Goaz
L'ivre-Book, collection Imaginarium.
12 février 2014. 29 pages environ. 0,99 euros
ISBN : 9782368920558

Le faussaire, par Faust Netschaiev
L'ivre-Book, collection Imaginarium.
12 février 2014. 32 pages environ. 0,99 euros
ISBN : 9782368920565
Couverture de la collection "Calling Cthulhu" créée par Gwen Vibancos.

mercredi 5 février 2014

The Hole, par William Meikle

Darkfuse, 2013

Etats-Unis, langue anglaise


Tout commence par une rumeur. Un bourdonnement qui dérange, puis qui provoque des terribles maux de têtes et des saignements de nez importants.
Fred, qui se réveille d’une de ces cuites aussi mémorables que fréquentes, pense d’abord au début de graves problèmes physiques que son addiction à la bouteille lui promet depuis de longs mois. Mais quand il se rend dans le centre de son patelin, situé dans le quelque part fort reculé d’un état américain, il réalise. Le bourdonnement intense qu’il a entendu cette nuit a affecté plus de la moitié des habitants, provoquant chez eux les mêmes symptômes. La pauvre infirmière d’habitude si tranquille le constate aussi : jamais elle n’aurait pensé avoir autant de patients dans son cabinet.
Mais pour l’heure, Fred, qui doit s’envoyer une bière pour se mettre en train, croise Charlie, son vieux compagnon de beuverie, qui lui propose un job ingrat mais bien payé : aller redresser la cuve de décantation qu’un affaissement de terrain a renversé chez un grand propriétaire terrien du coin. A peine le labeur commencé, le bourdonnement reprend, et la fissure dans le sol devient crevasse profonde. Charlie, que la chute de la cuve a blessé à la tête, et qui est à deux doigts de se noyer dans ses eaux saumâtres, est sauvé in extremis par Fred. Quant à la crevasse, elle s’agrandit à vue d’œil...
De retour au troquet, où le Jack D. remplace vite la bière pour noyer les événements dans une saoulerie salvatrice, le vieux Charlie, dont le front arbore désormais quelques fiers points de sutures, se laisse aller aux souvenirs… Il dévoile ainsi à son comparse l’étrange histoire qu’il a vécue il y a de ça pas mal de temps : sous les terres qu’ils viennent de fouler, et dont l’effondrement a failli lui coûter la vie, il y a d’anciennes mines. Un dédale de boyaux obscurs, dans lequel trois des cinq gars avec lesquels il y travaillait ont mystérieusement disparu du jour au lendemain…
Pendant ce temps, le shérif du secteur, déjà bien occupé à essayer de régler les multiples petits manquements aux règles de ses concitoyens, est appelé à un endroit de la fissure que l’eau a rempli : trois corps y ont été repêchés. Mais même si leur état de décomposition est déjà fort avan, certains éléments sont troublants : ces corps bien qu’anthropoïdes semblent ne pas être humains.
Car ce que semble faire ressurgir cette faille, de plus en plus grande et profonde, ce sont plus que les souvenirs d’un vieil ivrogne. Bientôt, la terreur et l’horreur s’abattent sur la bourgade, pour vite laisser place à ce qui semble une fatalité irrationnelle, incontrôlable, un trou de néant diabolique dans la vie des survivants…

Ce roman, « the Hole » a un goût prononcé de série B, mais tourné avec un budget hollywoodien par un réalisateur surdoué. Certes, les personnages principaux sont les archétypes des héros américains : Il y a les alcoolos souvent beurrés, mais toujours là pour aider et révéler leur grandur, le shérif bedonnant mais courageux, l’infirmière prête à risquer sa peau pour celle d’autrui, la jeune fille blonde que l’on sauve et qui tombe amoureuse, la vieille irritante toujours à critiquer les actions et décisions des autres… Mais la force de William Meikle, c’est d’offrir à chacun de ces personnages une vraie identité. Pour certain, c’est un lourd passé qui refait surface, ou qui n’a jamais vraiment disparu, et qu’il faut affronter à nouveau. Pour d’autres, c’est la découverte du moi intérieur, que le peu de considération avait enfoui profondément. Ou ces échanges, encore, entre les protagonistes, qui enrichit la narration par des détails qui sont loin d’être anecdotiques.
Mais l’histoire n’est malheureusement pas exempte de quelques points qui me chagrinent. Il y a cette relation amoureuse soudaine entre deux des protagonistes qui m’a d’abord décroché un sourire, mais qui m’a par la suite dérangé, car elle est vraiment inutile à mon goût, voire hors de propos (ah, comment vous le dire sans trop en dire… lisez donc ce livre, je pense que vous comprendrez). Il y a aussi cette improbable et soudaine capacité d’un des personnages à lire d’anciennes incantations découvertes dans le journal trouvé par hasard dans le refuge souterrain du propriétaire des mines, et à les psalmodier suffisamment bien pour qu’elles soient efficaces. Et puis il y a ce relatif happy end, relatif car seulement certains héros disparaissent juste à la fin - ce qui me plait dans l’absolu, même si tous auraient dû y passer (hin, hin, hin…) - et je n’aurais personnellement pas tué ceux-là (mais plutôt le couple improbable)...
Cependant, si cette histoire est certes pleine de ces stéréotypes propres aux genres catastrophe, survival, invasion, fin du monde et autres, elle est aussi bourrée de passages mémorables, de bonnes trouvailles et de situations désespérées vraiment angoissantes. Tout ceci mené crescendo, pour aboutir à cette terreur jubilatoire de la découverte de l’origine de cette catastrophe. Amis lovecraftiens, vous y trouverez votre compte !

Avec « The Hole », William Meikle ajoute à sa bibliographie un excellent roman. Je suis loin d’avoir écumé toute sa production – je n’ai découvert cet auteur qu’il y a un an environ – tant son œuvre est dense, d’autant plus qu’il reste très prolifique. Mais j’en ai toujours apprécié la lecture, que ce soit celle de ses nouvelles ou de ses romans. William Meikle a la force des plus grands : il sait comment tenir en haleine ses lecteurs. Il connaît et maîtrise parfaitement les outils narratifs, pour mener jusqu’au bout les excellentes idées qui semblent bouillonner dans sa tête, et qui explosent à chacune des pages qu’il écrit. Et je suis bien tenté de dire que, s’il a la force des plus grands, c’est qu’il a l’envergure de ces derniers, et même si sa notoriété va croissant, il mériterait plus de succès encore qu’il n’en a actuellement. Traduit en Japonais, Portugais, Roumain, Italien, Russe, Grec, même Hébreux… seule la France (encore et toujours) semble ignorer son talent.

William Meikle est un écrivain d'origine écossaise, qui vit désormais à Terre-Neuve. Il fait revivre avec brio des personnages légendaires tels que Carnacki (inventé par William Hope Hodgson), le professeur Challenger, voire Sherlock Holmes lui-même (créés par Arthur Conan Doyle). Quand ce n'est pas son propre détective de l'étrange, Derek Adams, qui mène lui-même l'enquête dans la série "The Midnight Eye" ! Et il y a de plus toutes ces nouvelles, recueillies en divers volumes en format digital, et les romans dont "the Hole" fait partie. Quand William n'écrit pas, il joue de la guitare en sirotant des bières ou du single malt (boisson omniprésente dans son œuvre)... ce qui me fait conclure par cette question : qu'attendent les distilleries de son pays natal pour le sponsoriser ?

Histoire lue au format digital. Une version papier (limitée) existe, mais la place sur mes étagères et mes finances (limitées, elles aussi), me prive du plaisir de le posséder.

En guise de conclusion, j’étais tenté d’écrire que « The Hole » était l’œuvre de cet auteur que je préférais. Mais j’ai depuis dévoré un autre de ses livres « The Broken Sigil »… à suivre…

William Meikle, site officiel
Editeur: Darkfuse
The Hole, format papier,  ou eBook

The Hole, par William Meikle.
Darkfuse.
Juillet 2013.  266 pages.
ISBN: 978-1937771973

dimanche 15 décembre 2013

Tales of Nephren-Ka, par Ran Cartwright

Rainfall, chapbook, 2006

Grande Bretagne, langue anglaise.

 




Petit voyage en Égypte (et ailleurs), le temps de remonter le temps et de plonger corps et âme dans les quatre nouvelles qui constitue ce recueil.
Resituons quand même un peu les choses avant de parler de cet ouvrage : Nephren-Ka était un pharaon égyptien, dont le culte qu’il voua à Nyarlathothep le condamna à être rayé des tablettes. Création d’Howard Phillips Lovecraft, on le retrouve dans quelques-unes de ses nouvelles (plus en citations qu’en personnage central), mais aussi dans l’œuvre d’autres auteurs, qu’ils soient continuateurs, pasticheurs ou qu’ils rendent simplement hommage. Comme ici, avec ce chapbook (comprenez « petit livret » ou « brochure »).
La force de son auteur, Ran Cartwright, outre son talent de conteur incontestable, est son passé d’archéologue. Il connait le sujet dont il parle, et même s’il n’a jamais eu la chance de pouvoir se rendre sur place, il est passionné d’égyptologie (principalement l’Ancien Empire et la 5e dynastie). Cela se ressent : loin d’un étalage académique, cette connaissance apporte une crédibilité essentielle à ses histoires. Et puis, je le répète, Ran Cartwright a un talent de conteur incroyable. Il sait mener ses idées avec brio, entrainant ses lecteurs jusqu’au bout. Un ouvrage essentiel (toujours disponible ici), pour les amoureux d’Égypte, les passionnés lovecraftiens, les adorateurs du Chaos rampant, ou simplement les lecteurs qui aiment les bonnes histoires. Tout ce beau petit monde se devant, bien entendu, d’être anglophone…

The Circle : Écrire des histoires avec pour cadre l’Égypte ancienne, voici le défit que se sont lancés 5 écrivains. Mais depuis le début de l’aventure, trois d’entre eux ont mystérieusement disparu. Ce soir, Jack a allumé son ordinateur : le dossier « Nephren-Ka_NTS » est ouvert. Il pense pouvoir trouver dans ses notes compilées pour sa participation à l’anthologie des renseignements suffisants pour faire le lien entre ces disparitions et ce qu’il pense avoir découvert. Mais rien ne concorde. La tempête qui fait rage semble se rapprocher. Alors, avant d’aller plus loin, Jack écrit un mail à sa collaboratrice Vicki, en y joignant son journal. Un message pour lui dire qu’il n’a plus le temps de chercher. Un message pour lui parler de ses craintes, de ses doutes… et s’il est, comme il le soupçonne, le quatrième sur la liste, elle pourrait bien être la cinquième…
The Chronicle : Sandi n'a jamais écrit auparavant, à part des listes de courses et des chèques, pour payer ses factures. Mais depuis quelque temps, elle prend note des rêves qu'elle fait. Ils sont la base de ses histoires, étranges et dérangeantes histoires. Elle n'est plus la même depuis qu'elle écrit. Elle est comme habitée, comme si une voix lui dictait ce qu'elle devait retranscrire. Elle n'est plus la même, elle n'est plus... elle-même. Elle est devenue la chroniqueuse de l'homme noir !
The Coming : Quand Khalid al-Alranna découvrit la tablette de pierre noire enfouie dans le sable, il ne sut en déchiffrer les inscriptions. Alors vint à lui l'homme noir, qui lui en enseigna la lecture. Et il l'instruisit sur bien d'autres choses encore. Ainsi, Khalid découvrit le passage vers le labyrinthe de Kish, la tombe de la reine Nitiget, et la table des cinq gardiens protégeant l'accès à la tombe de Nephren-Ka... mais la charge qui leur incombait est dorénavant terminée : le retour du pharaon noir est imminent, il va bientôt pouvoir faire planer son ombre sur le monde.
The Candidate : Nathaniel Kane est venu de nulle part. D'une oasis perdue au milieu du désert, comme il lui plait de dire à ceux qui veulent bien l'entendre. Ces derniers d'ailleurs sont de plus en plus nombreux, car Kane est bien vite devenu une star, adulée par ses compatriotes, puis par le monde entier. Il a le verbe juste, toujours le mot qu'il faut avec le sourire qu'il faut. Mais nul ne le sait encore, il n'a qu'un seul but, avoir le monde à ses pieds. Et pour cela, il va utiliser l'outil absolu : la politique. 
L'auteur, par la seule utilisation d'une date, va nous révéler son opinion sur la politique de son pays. La fin de The Candidate projette ainsi une toute autre lumière sur la vision personnelle qu'a Ran Cartwright de Nephren-Ka, le pharaon noir...

Ran Cartwright est un écrivain américain, qui a publié plusieurs titres chez ce même éditeur. Même s’il n’écrit plus (à priori) d’histoires lovecraftiennes, celles que Rainfall propose sont toutes inspirées de ce qu’il est commun d’appeler le « mythe de Cthulhu », ou bien de l’œuvre de Clark Ashton Smith… Un auteur qui mériterait largement de voir son œuvre adaptée et publiée en France !
L’illustration de couverture, ainsi que celles accompagnant chacune des nouvelles, sont dues au talentueux Steve Lines, un anglais touche à tout de génie : écrivain, musicien, parolier et, donc, dessinateur. Au sein des éditions qu’il maintient avec John B. Ford – Rainfall – il créait quasiment toutes les couvertures et illustrations de ses « chapbooks ». Mais je ne m’attarde pas plus sur lui, je vous laisse découvrir son site pour vous convaincre de son talent. D’autant que vous pouvez être certain de revoir passer son nom, tant son art est de celui que l’on aime, ici, par delà les montagnes hallucinantes...

Bonus :
Rien que pour vous, qui lisez ces lignes, un petit mot de Ran :
« … pour tes lecteurs: j’espère que vous réussirez à trouver un exemplaire de ce livre afin de bien profiter des histoires. Et découvrez ma collection d’horreur noire « At the Hotel Monticello » sur lulu.com. L’une des histoires – The Masquerade Ball – alterne les temps et les lieux, entre notre époque à l’hôtel Monticello de nos jours et le Paris d’il y a un siècle »
Pour sur, Ran, on n'y manquera pas !


Tales of Nephren Ka, par Ran Cartwright.
Rainfall, Chapbook.
Août 2006, 38 pages. RAIN 022
Couverture et illustrations intérieures : Steve Lines.
ISBN: -