vendredi 31 octobre 2014

Le secret de la pyramide invisible, par Robert Darvel

Le carnoplaste, 2009

France, langue française





Quatre invités se retrouvent, sur son invitation, dans la demeure du vieux Haggerdale par une nuit de tempête.
Les événements terribles qui y surviennent et la menace qui semble peser sur le domaine amènent le célèbre détective Harry Dickson et son assistant Tom Wills à enquêter. Au péril de leurs vies, ils vont bientôt découvrir le lourd secret qui pèse sur cette propriété, et surtout sur son propriétaire. Quant à l'aide de Simeus Belowzero, spécialiste en fascicules populaires, elle ne sera pas de trop pour résoudre le mystère de Nooknock !

Voilà, je ne peux en dire plus sur cette histoire sans en révéler trop, sans déflorer les nombreux mystères qui fourmillent dans cette nouvelle enquête de Harry Dickson, le célèbre Sherlock Holmes américain.
Cet enquêteur bien connu, dont Jean Ray a repris avec brio les aventures en lui apportant ainsi ses lettres de noblesse littéraires, a vu ses aventures publiées sous forme de fascicules avant d’être compilées par quelques éditeurs sous forme d'intégrales. Des écrivains passionnés ont depuis repris le flambeau, mais la collection ici présentée a l'intelligence d'être publiée dans le format de la collection initiale reprenant aussi, luxe ultime, la numérotation là où elle en était restée...
Je dois avouer mon crime, je n'ai que très peu lu Harry Dickson. Ou il y a longtemps. Ou je ne m'en souviens plus. Ce n'est donc pas en spécialiste que je m'adresse à vous aujourd’hui, mais juste en lecteur conquis.
Car oui, quelle aventure je viens de vivre en quelques dizaines de pages !
J'ai choisi ce titre un peu par hasard, guidé par une envie de découvrir ce héros, et sans aucun doute influencé par une retape éhontée subit depuis quelques jours. Heureux je suis d'avoir été faible face à cet appel lancé par Monsieur Carnoplaste lui-même, tant la lecture délicieuse et prenante de cette enquête m'a emballé et captivé ! Au budget livre mensuel, qui s’amoindrit comme peau de chagrin, s'est greffée sans retour l'acquisition future des autres fascicules proposés. J'en reparlerai, d'autant que j'ai sous le coude une petite poignée d'autres ouvrages du même format dont je suis plus que motivé à découvrir la substance...
Mais revenons donc au Harry Dickson proposé ici.
Comme indiqué, ce personnage vient de loin, et a vécu de très nombreuses aventures. Dans ce volume, qui n'est pas le premier proposé par son auteur, mais que j'ai choisi, car le titre m'a vraiment fait de l’œil, on ressent rien qu'en découvrant le style le lourd héritage de la série. C'est un délice particulier, une écriture intelligente qui demande une lecture attentive, et qui apporte tout le long son lot de surprises tant linguistiques que scénaristiques.
L'auteur, Robert Darvel, a ce style suranné, mais jouissif de ces anciens fascicules qui devaient se lire sur les quais de gare des années 30/40. Lui même grand amateur de cette vénérable littérature populaire, il est le créateur de la maison d'édition le Carnoplaste qui édite, outre ces nouvelles histoires du fameux détective, des fascicules aux bons charmes d'un autre age, qui captivent autant par leurs thèmes que par leurs écritures. Lire un fascicule de cet éditeur, c'est voyager dans le temps, c'est comme découvrir des textes inédits d'auteurs de romans populaires de cette autre et pourtant pas si lointaine époque des prémisses du roman de gare...
Et l'histoire ici contée, plus que la continuité d'une série déjà longue, est un magnifique hommage au genre, rendu par un fin connaisseur que je soupçonne avoir quelques traits en communs avec le Simeus Belowzero de l'histoire...


Quatrième de couverture :
Dans Le Secret de la Pyramide invisible, le détective Harry Dickson et son fidèle élève Tom Wills  sont plongés dans une effarante aventure. Des morts mystérieuses se succèdent dans un parc éprouvé par une fantastique tempête... Les morts se terrent dans les glaces... La raison est engloutie... L'abîme s'entrouvre depuis le centre du visage du détective...  Hommes contre singes... Singes contre supplicié à la parole de bakélite... Fusil Enfield contre Chamelot-Delvigne... Et le mythique Archencephala qui rôde dans la Pyramide invisible...
Le mystère sera résolu... grâce à un roman-feuilleton...

Le secret de la pyramide invisible, par Robert Darvel
Le Carnoplaste, série Harry Dickson
Illustration couverture : Isidore Moeduns
Mai 2009. 36 pages
ISBN : 9782357900042

lundi 20 octobre 2014

Cercle infernal, par Imogen Howe

Haute tension, spectres - Hachette, 1985

États-Unis, langue anglaise, traduction langue française.

Égarer un jouet, pour un enfant, c'est une chose assez courante. Quand il s'agit de son jouet favori, cela frôle souvent le drame. Mais quand cela se passe dans la bourgade où habitent Jenny et son petit ami Simon, cela touche rapidement à l'horreur absolue. C'est d'ailleurs ce qu'appréhende le plus Jenny : que sa petite sœur Andréa perde son doudou. Car elle sait ce qui se passe ensuite : les enfants dont les jouets se sont volatilisés disparaissent à leurs tours, pour être retrouvés dans les bois quelques jours plus tard en possession d'un jouet en bois, apathiques et parfaitement amnésiques... 
Les bois... cet endroit sinistre où se trouve la cabane délabré des Hurch, couple mystérieux qui traumatisa Jenny dans sa plus tendre enfance. Cette cabane où règne une atmosphère étrange, malsaine, pesante, révélera bientôt une effroyable vérité ! D'autant que le plus terrible restera à découvrir, quand le responsable de la disparition des enfants, et surtout le lourd secret qu'il porte en lui, menacera Andréa, Jenny ainsi que Simon. Heureusement qu'ils peuvent compter sur les connaissances ésotériques et le soutient de monsieur Conway, professeur de physique et passionné d'irrationnel...


Quand j’ai pris la décision il y a quelque temps de relire le plus possible des titres de cette collection « haute tension / spectres », je dois avouer que j’ai vite été envahi par une forte appréhension.
Sincèrement, pourquoi, alors que les montagnes hallucinantes formées par les piles de livres regorgent de merveilles, voire de chefs-d’œuvre, pourquoi perdre de ce si précieux temps avec ça ?
Certes, et je l’explique dans l’article ici, il y a cette nostalgie implacable, et le bon souvenir laissé par la lecture de ces livres quand j’étais plus jeune. Mais cela n’explique pas tout, pourquoi ne pas relire des Oui-Oui, tant que j’y suis ?
Bref, autant vous dire que j’étais emprunt d’une certaine culpabilité durant la lecture des dix premières pages. J’avais ce sentiment de faire un truc pas bien, de commettre une bêtise du genre « piquer la confiture et la manger avec les doigts », ou « fumer une clope en cachette », un acte un peu débile, donc, mais poussé par une curiosité étrange, et une gourmandise certaine. Un peu une madeleine de Proust, aussi, en quelque sorte.
Mais j’avais envie de relever ce défis un peu foufou que je m’étais lancé, et avais donc pris au hasard ce livre, Cercle infernal, parce qu’il fallait bien que je commence par quelque chose… Et je ne pouvais pas choisir en fonction de la couverture, que je trouve particulièrement... datée, comme la quasi totalité des couvertures de cette collection !
Je me trouvais donc en train de lire cette histoire, et il a bien fallu que je me rende à l’évidence : je faisais face à un récit captivant, une intrigue bien ficelée, servit par une écriture (traduction, je le rappelle), agréable. Oh, certes, il y a bien quelques passages un peu écrits légèrement, des tournures parfois un peu simplistes. Il y a aussi des situations tarabiscotées, telle cette scène où l’un des protagonistes, ignorant absolument tout de l’ésotérisme, se voit en train de tracer un cercle et y positionner cinq bougies à équidistance pour se protéger des esprits ! Ceci étant, vu ce qui va lui arriver, il aurait dû réviser ses Grand et Petit Albert avant de venir taquiner les fantômes, qui plus est sur leur propre terrain. Mais je me dis que j’ai lu bien pire, écrit parfois par des auteurs de réputation bien plus grande ! Car je pense que, pétris par des a priori exacerbés, j’ai cherché la petite bête, et n’ai trouvé que peu de choses négatives au bout du compte.
Alors de cette première relecture des livres qui ont bercés ma jeunesse, je ressors plutôt réjouis. Ce qui, je ne le cache pas, va grandement motiver l'ouverture du prochain titre !

A propos de l'auteure : après de longues heures de recherches sur le net,  je n'ai pas grande chose à dire de plus qu'elle semble n'avoir écrit que deux titres. Attirance (Fatal Attraction) en 1982, dans la même collection, et Cercle infernal (vicious Circle) en 1983. Je vais faire d'autres recherches, dont je partagerai les résultats ici, si jamais j'en ai.

Bonus, voici la couverture originale, glanée sur le net, qui en dit bien plus sur le contenu du livre que la couverture française... :

Quatrième de couverture :
En apercevant la misérable cabane au milieu des bois, Jenny sentit ses jambes se dérober. Simon la tira fermement par le bras.
" Quel endroit sinistre ! dit-elle en frissonnant. Je t'en supplie, allons-nous-en !
— Trop tard pour reculer. Il faut à tout prix élucider ces mystérieuses disparitions d'enfants".
Pour cela, Jenny et Simon allaient devoir affronter de redoutables forces obscures, et le prix à payer risquait d'être fort élevé...




Cercle infernal, par Imogen Howe
Hachette, collection Haute tension - spectres N° 210
Traduction de Luce Beaugency
Titre original : Vicious Circle, collection Twilight : where darknees begins #13
Illustration couverture : Richard Martens

Octobre 1985. 160 pages

ISBN : 978201113277

Cercle infernal est ma première chronique pour la collection "Haute Tension"

lundi 15 septembre 2014

Sólstafir

Season of mist, 2014 pour Otta

Islande, musique, rock atmosphérique, post-rock métal

Otta - Dernier album en date, 2014
J'aurais certainement pu trouver maintes occasions de vous parler de ce groupe, mais il s'avère qu'aujourd'hui, je suis toujours dans l'attente de la réception de leur nouvel album, et que l'état fébrile dans lequel cette attente me plonge ne peut s'arranger qu'en écoutant leur précédent opus. Et écrire mon article.
J'aurais peut-être pu me fendre d'un premier billet, voire d'une chronique, à la suite de cette courte nuit de sommeil durant laquelle, comme il m'arrive parfois de le faire, je surfais sur la toile, allongé dans mon lit à la recherche de nouveautés musicales. Plusieurs noms défilèrent, quelques liens furent suivis, les titres choisis aléatoirement n'étant que rarement écoutés jusqu'à la fin... Pour enfin tomber sur la vidéo de ce groupe, Sólstafir, dont les images me transportèrent à nouveau dans ce pays qui m'a volé il y a plus de deux ans une partie de mon âme.
Je ne le savais pas encore, même si je le devinais déjà : la graine était plantée, semence de ces passions qui croissent comme de la mauvaise herbe, mais que l'on entretient de peur de les voir dépérir, même quand elles s'avèrent vigoureuses. Le cœur avait battu plus fort, les yeux n'avaient quasiment pas clignés pour ne pas perdre une seconde des beautés sauvages islandaises, quant aux oreilles, elles étaient restées grandes ouvertes tout du long, pour qu'y s'immisce ce miel à la saveur encore inconnue...
Sept minutes plus tard, toujours allongé dans mon lit, je restais comme paralysé, encore parcouru par ces frissons de bonheur qui font hérisser le poils et chavirer les sens, stupéfié de ce que je venais de vivre. J'appuyais à nouveau sur la petite flèche lecture de la vidéo, pour cette fois fermer les yeux, et partir, par la force seule de la musique, vers cet univers nouvellement découvert.
Je devais confirmer, j'essayais de comprendre, je voulais valider l'impression première qui, comme le veux l'adage, s'est avérée la bonne : je venais de faire LA découverte !


Quelle ne fut pas ma joie, quelques semaines plus tard, de découvrir que ce groupe était programmé pour le Hellfest ! Je m'étais vu offrir un billet pour les trois jours, et le temps passant, mon impatience croissait... Le jour J arrivé je me tenais sous le chapiteau, fatigué des heures furieuses passées à engranger du gros son, mais excité par l'idée de les entendre en live. Le show démarra, et même si la foule dense m'empêchait d'être plus proche, je savourais. Il y avait dans l'air cette électricité unique,  entrainant le public en cette communion extraordinaire, et provoquant cette inexplicable sensation de bonheur qui me laissa pantois, perplexe, transcendé, mais comblé, devant la scène quelques minutes encore après la fin. Je n'étais pas le seul... Un souvenir impérissable, sans doute le meilleur moment vécu durant ce week-end qui en connut bien d'autres ! (Arte a eu la bonne idée de publier ce concert sur la toile). C'est ce deuxième rendez-vous marquant qui aurait put être le nouvel inspirateur d'une chronique... Mais il ne le fut pas.

Sólstafir, donc, est un groupe venu de cette terre de glace et de feu, cette île dont on ne connaît la véritable beauté, et dont on ne prend réellement conscience, que lorsqu'on en foule le sol : l'Islande.
Ce pays des contrastes par excellence, où il faut parcourir des dizaines de kilomètres au milieu des champs de lave pétrifiée couverts de mousses pour mériter la découverte, toujours époustouflante, de cascades démesurées, de champs bouillonnants exhalant leurs odeurs soufrées, d'étendues verdoyantes aux reliefs si particuliers... Un pays unique, une nature unique, une aventure unique...
Il me semble nécessaire de vous faire comprendre l'importance de cette origine. Car cette chose - ce sentiment étrange que provoque l'Islande quand on la visite, qui habite le cœur de ceux qui en tombent amoureux, et qui est aussi fort qu'inexplicable - cette magie spécifique, Sólstafir l'a, à mon goût, retranscrit dans sa musique.
Les minutes planantes durant lesquelles les guitares nous transportent sont à l'image des plaines immenses, ces longues étendues de lave, ces déserts qui s'étirent sur des kilomètres, mais qu'on ne se lasse pas de parcourir. Il y a ces soudaines envolées de guitares bâtissant des parois immenses que l'on est surpris de surmonter sans peine, pour atteindre des sommets inconcevables. Ou encore ces martèlements puissants de batterie, dignes des plus grandes irruptions volcaniques, qu'une basse appuyée vient soutenir sans faille... Puis ces chants qui se déversent en cascades, aux eaux puissantes, pourtant limpides, et qui nous mènent par les ruisseaux vers la mer... Pour nous laisser, extatique, échouer sur les rives de sable noir, heureux d'un tel voyage.
Cette musique, classée dans un genre atmosphérique post rock, métal (puisqu'il faut tout bien classer, ma p'tite dame !) est pourtant... inclassable ! Et c'est pour ça que ce groupe est unique. Selon les dires de ma tendre moitié, il y a des consonances de musique gothique, à la Fields of the Nephilim, mais n'ayant que peu de connaissance en la matière, je lui fais confiance.
Photo par Bowen Staines, (c) 2014

Aðalbjörn Tryggvason à la guitare et au chant, Sæþór Maríus Sæþórsson à la guitare, Svavar Austmann à la basse et Guðmundur Óli Pálmason à la batterie, voici les quatre musiciens au look tout droit sortis d'un western spaghetti de Sergio Leone qui forment Sólstafir. Le groupe existe depuis presque vingt ans déjà, et n'a quasiment pas changé de membres (seul le bassiste du début, Halldór Einarsson, est parti avant l'enregistrement du premier disque). D'abord plus proche d'un métal pur et dur, leur musique dérive bientôt pour aboutir à ce son typique, unique, exceptionnel qu'est le leur aujourd'hui. Le succès va croissant, la presse est enthousiaste, et le public aussi. C'est donc une véritable consécration qui fait suite à la sortie de leur quatrième album Svartir Sandar en 2011... Toujours plus de scènes, toujours plus d'éloges, une visite remarquable (et remarquée) au Hellfest de 2012, puis en 2014... Succès qui ne semble que croître avec la sortie de ce nouvel album Otta (que je n'ai toujours pas reçu !!), et le classement fulgurant de ce dernier en tête des charts européens ! Et comme un bonheur ne vient jamais seul, surveillez de près la tournée qui devrait avoir lieu en début d'année prochaine, beaucoup de villes françaises auront le plaisir de les accueillir !
Svartir Sandar - 2011
En guise de conclusion, je ne peux que saluer le grand Kim Holm, artiste responsable des magnifiques illustrations de l'album Svartir Sandar. Doué d'un talent incroyable, son œuvre peut être admirée sur son site perso. Et je vous invite à promptement découvrir ses excellentes adaptations lovecraftiennes Pickman's Model et Memory (on ne se trouve pas par delà les montagnes hallucinantes innocemment !). Mais je reviendrai sans doute un jour sur cet artiste incontournable de la scène métal et de l'univers lovecraftien !

Maintenant, précipitez-vous, nul besoin d'aller voir ici ou ailleurs si les albums sont en écoute gratuite (car ils le sont), mais achetez les. C'est le meilleur moyen, je vous le rappelle, de faire vivre les artistes qui vous apportent l'unique et indispensable plaisir de la musique...

Discographie :
- Til Valhallar (1996) - EP
- In blood and spirit (Í Blóði og Anda) (2002)
- Black Death (2002) - EP
- Promo 2004 (2004) - EP
- Masterpiece of bitterness (2005)
- Köld (2009)
- Svartir Sandar (2011)
- Otta (2014)

Liens :
Site officiel du groupe / Facebook / Twitter / Season of mist

mardi 3 juin 2014

Tambours dans la nuit, par Victor Dixen

Griffe d'encre, 2014

France, langue française

 

A 18 ans, la fierté au cœur et la frappe puissante, le jeune tambour Pierre Valandrin part à la conquête de la Russie, au sein du 1er corps du 111ème régiment d’infanterie de la grande armée Napoléonienne. Aux côtés de milliers d'hommes, mais surtout de Paulin, qui a le même âge que lui et qui deviendra vite son ami, la campagne démesurée d’expansion de l'empire vers l'Est commence. Au son des tambours et des fifres, ils entrainent leurs compagnons, la gorge asséchée par la poussière des chemins creux et l'estomac vidé par la politique de terre brulée de l'ennemi. C'est l'été, les villes tombent une à une, non sans résister. Mais toujours s'offre au crépuscule le triste tableau de lieux ravagés, invariablement dépouillés de toute nourriture...

Les mois passent, les villes résistent de plus en plus, et le froid terrible s'abat sur les troupes. Pierre tient le coup grâce à la camaraderie, mais surtout grâce au souvenir tenace du regard féminin dérobé au détour d'une grange, à ces yeux bleus profonds, au visage angélique de cette jeune inconnue qui le hante depuis.

La nuit venue, alors que la fureur des batailles devrait laisser place au silence, le son des tambours résonne encore. C'est le fracas du régiment dont personne ne parle, le régiment que tout le monde oubliera, et dont aucune mention ne sera faite dans les livres d'histoires. L'effroyable, terrible et mystérieux régiment anonyme...


Victor Dixen mène tambour battant cette chronique de la campagne de Russie qui, nous le savons, marqua le déclin, puis la chute, de l'aigle Napoléonien. C'est au cœur même des troupes que nous nous trouvons propulsés, vivant les horreurs de la guerre, à travers l'expérience de Pierre.

La narration est prenante, je me suis vite laissé entrainer sur les routes et les champs de batailles, partageant le quotidien du héros. Ce livre se lit rapidement (c'est une novella), et je l'ai refermé avec cette envie profonde de me pencher plus sérieusement sur ce pan de l'histoire dont je ne connais que ce qu'a bien voulu laisser en moi les quelques heures passées sur les bancs de l'école. Cette curiosité cependant n’empêche pas l'absolue confiance que l'auteur inspire, on accepte en effet sans ciller la vérité historique des événements dépeints entre les pages de son récit. Et c'est cette réalité historique qui rend plus appréciable encore cette incursion dans le fantastique... Car, oui, c'est bien de fantastique dont il s'agit ! Je vous laisse le soin, chers amis lecteurs, de découvrir la saveur particulière, subtile mais terrible que distille la proximité de ce régiment anonyme.

 

"Tambours dans la nuit" est une novella qui sert de prélude au roman "Animale", qui lui est plutôt destiné à un lectorat plus jeune. Son auteur, Victor Dixen, est le coup de cœur des Imaginales 2014, partenaire avec lequel les éditions Griffe d'encre viennent donc de publier l'ouvrage en une édition limitée à 500 exemplaires (je suis l'heureux possesseur du N° 76, et ai la joie d'avoir une dédicace de l'auteur (je ne pouvais garder plus longtemps ce plaisir égoïstement !)). Encore une belle publication de chez Griffe d'encre, dont j'ai déjà vanté les mérites de l'anthologie "Virus" il y a quelques mois, et dont je reparlerai sans nul doute dans les mois à venir.

Je vous invite instamment à cliquer sur le lien plus bas, afin de commander ce livre qui, je pense, va vite se trouver épuisé. Et il me semble judicieux de vous préciser le geste noble de l'auteur, qui reversera l'intégralité de ses droits acquis au Bleuet de France, œuvre caritative qui s'occupe d'apporter un soutien aux anciens combattants et victimes de guerres.

 

Pour acheter ce livre sur le site des éditions Griffe d'encre, c'est ici.

Quant au (très beau) site de l'auteur, il est là !

 

Quatrième de couverture :

Quand se taisent les trompettes des batailles, s’éveillent les tambours de la nuit...

1812. Pierre, dix-huit ans, s’engage dans les troupes de Napoléon. Quelques jours plus tard débute la plus ambitieuse guerre de l’Empereur : la campagne de Russie. Mais la musique de la conquête n’est pas faite que de marches victorieuses. D’où viennent les sinistres roulements de tambours qui résonnent après le crépuscule ? Qui sont les membres du régiment anonyme, unité de la Grande Armée oubliée des livres d’Histoire ?
D’adagio en fortissimo, de misterioso en furioso... Victor Dixen réorchestre l’une des pages les plus terribles de notre passé, dans une vertigineuse symphonie en six mouvements.

 


Tambours dans la nuit, par Victor Dixen.
Griffe d'encre.
26 mai 2014, 80 pages. 8 euros
Couverture d'après l'oeuvre de Jean-Charles Langlois.


ISBN: 979-10-92349-04-7

dimanche 4 mai 2014

Tekeli-li, par The Great Old Ones

Les acteurs de l'ombre, 2014

France, Musique, Post-Black-Metal.

 

 

Je ne suis pas fou.

Je souhaite juste aujourd'hui prévenir le monde des horreurs indicibles que cette nouvelle expédition dans l'univers sombre de ce groupe pourrait libérer dans l'esprit de son auditeur.

Non, je ne suis pas fou.

Je les ai entendues, ces longues envolées de guitares implacables, forme nouvelle de ces musiques impies que devait jouer Erich Zann dans son grenier, face à sa fenêtre ouverte sur le néant. Je les entends encore, ces chants hurlés à la face du monde, distillant toute l'horreur vécue par les protagonistes en antarctique face à la vision infernale, la découverte macabre des corps déchiquetés laissés dans le campement par d’innommables créatures...

Elles résonnent toujours en moi, les charges lourdes d'une basse impeccable, et les heurts d'une batterie sonnant comme mille canons. Mon être tout entier vibre encore, tant il est secoué de ces jouissances démentes, procurées par ces sons venus d'outre-espace...

Que n'avais-je été prévenu, cependant, de l'addiction puissante qu'allait provoquer en moi la découverte de ces indicibles secrets. Oui, la musique des Great Old Ones est une chose magnifiquement sombre, une de ces trouvailles que l'on fait un jour, en sachant qu'elle nous accompagnera pendant  longtemps.


The Great Old Ones (TGOO pour les intimes) est un projet sur lequel travaille Benjamin Guerry (chant / guitare) depuis 2009. Sa rencontre décisive avec Jeff Grimal (chant / guitare) en 2011 confirme son envie de pousser plus loin ce projet, qui se concrétise avec l'arrivée de Xavier Godart (guitare), de Sébastien Lalanne (basse) et de Léo Isnard (batterie). Dès le premier album, Al-Azif  (terme arabe qui fait référence aux hurlements des démons dans le désert, et qui est le nom original donné au livre maudit de l'arabe fou Abdul Al-Hazred, le Nécronomicon), qui sort en 2012, The Great Old Ones rencontre un succès plus que mérité. Le deuxième album, Tekeli-li donc, ne fait que confirmer ce que l'on sait déjà : Les Great Old Ones sont des grands. Des très grands !



Quand un groupe sort un premier album aussi bon que Al-Azif, il est attendu au tournant avec son second. Mais douter à-priori de la qualité de Tekeli-li, le nouvel opus de The Great Old Ones, par principe primaire et éculé, aurait été un affront.

Avec le talent qu'ont ces musiciens bordelais, il est tout bonnement impossible de faire moins bien. On peut au minimum faire aussi bien. Mais force est de constater que, même si Al-Azif était un incroyable album, Tekeli-li va bien au delà de tout ce que l'on pouvait espérer, par delà les montagnes hallucinantes, par delà l'excellence !

En vérité, il m'est difficile de poser concrètement les idées qui se bousculent dans mon crâne, inspirées par l'écoute en boucle de ce disque, pendant des heures, de jour comme de nuit. Il m'est difficile de retranscrire fidèlement ce que j'ai envie de vous hurler, amis lecteurs, pour vous faire comprendre combien ce groupe est un des plus importants de la scène musicale actuelle.

Oui, certains diraient que les non-amateurs de métal pourraient passer leur chemin. Ils peuvent toujours. Mais ils se priveraient d'un moment d'intense bonheur que seul les chefs-d’œuvre sont capables de provoquer...

Alors The Great Old Ones étaient attendu au tournant, et ils ont parfaitement maitrisé le virage, en se permettant même de passer la vitesse supérieure sans faire de tête à queue.


Tekeli-li, quel drôle de nom, me direz-vous ? Les amateurs de Lovecraft, comme de Poe, l'auront cependant reconnu. C'est le cri poussé par des sauvages dans le seul roman écrit par Edgar Allan Poe les aventures d'Arthur Gordon Pym. En guise d'hommage, et parce que les montagnes hallucinées de Lovecraft est une suite aux aventures de Gordon Pym, "Tekeli-li" devient le cri des Shoggoths, ces créatures de la cité extraterrestre éveillées par les membres de l'expédition de l'université de Miskatonic.

Et parce que ce deuxième opus des Great Old Ones, le meilleur groupe lovecraftien que cette fichue planète ait porté, a pour inspiration cette histoire du maître de Providence, il était fort judicieux, et bien vu, que l'hommage se perpétue.

 

Mais l'album, alors ? Et la musique ?

Et bien le début de cette chronique vous l'aura fait comprendre: c'est du lourd, du bon.

Certains titres sont écrits en français. Non chantés, ils content l'histoire de l'expédition, ou introduisent certains autres morceaux. Les autres sont chantés, d'une voix grunt, typique au genre métal, d'une maitrise absolue.

Voici, brut de brut, les titres de l'album:

 - Je ne suis pas fou

- Antartica

- The Elder Things

- Awaening

- The Ascend

- Behind the Mountains

Ne manquez pas d'aller jeter une oreille sur le site bandcamp des acteurs de l'ombre, qui distribue l'album. 

Mais surtout, faites vous plaisir, achetez le CD, ou le double vinyle magnifique. Voyez plutôt :

 

http://www.lesacteursdelombre.net/productions/v2/?post_type=product 

Je suis pour ma part l'heureux propriétaire du coffret CD N° 114 sur 150, incluant un exemplaire des montagnes hallucinées de Lovecraft agrémenté de magnifiques illustrations de Jeff Grimal qui, non content de jouer incroyablement de la guitare, sait manipuler le pinceau avec brio !
Oui, car c'est à lui que l'on doit les magnifiques pochettes de The Great Old Ones ! Allez visiter son site pour vous en rendre compte par vous même !

Et puis voici, pour conclure, les liens vers le site officiel du groupe et leur page Facebook

Je ne suis pas fou.
Non.
Je ne suis pas fou...

Tekeli-li, par The Great Old Ones.
Guitare/Chant/Paroles : Benjamin Guerry
Guitare/Chant/Art: Jeff Grimal
Guitare : Xavier Godart
Basse : Sebastien Lalanne
Batteries : Léo Isnard 
Enregistré par Cyrille Gachet.
CD, ou double LP, les acteurs de l'ombre.
16 Avril 2014