dimanche 3 mai 2015

Calling Cthulhu, deuxième livraison

L'ivre-Book, 2014

Collection "Imaginarium"

Langue française, France.

L’ivre-Book, éditeur (presque) tout numérique, avait publié il y a déjà quelques mois les trois premiers titres de sa série « Calling Cthulhu », titres que j'avais beaucoup appréciés et chroniqués ici.
Me voici de retour, afin de vous présenter les trois suivants, sortis peu de temps après.
À noter que beaucoup d'autres histoires sont parues depuis. Je n'ai donc pas fini de vous parler de cette collection devenue désormais incontournable.

 


L'appel du Great Auld Ane, par Aurélie Gisbert
C’est l’histoire d’une bande de copains/copines qui se fait une virée dans le vieux Lyon, dans le but d’écluser qui quelques bières, qui quelques whisky, durant un interminable barathon. 
De pinte en pinte et de verre en verre, ils décident de terminer leur balade dans ce nouveau bar, le Great Auld Ane.
Mais l’une des buveuses, peut-être moins imbibée que ses compagnons, y remarque l’apparence et le comportement étrange de certains clients : peau grise et squameuse, yeux globuleux, totalement inertes devant leurs bières intactes, ressemblant comme deux gouttes à des poissons hors de l’eau…
D’ellipses en flash-back, l’auteure nous raconte cette virée nocturne qui tourne à ce qui semble n’être qu’une hallucination collective. Un hommage ouvert à l'excellent film "le dernier pub avant la fin du monde" (The Wold's End) d'Edgar Wright, dont il reprend la trame...
Une lecture plaisante, amusante même, pour ce que je jugerais bien volontiers de pastiche aux accents d’hommage au Mythe plus qu’autre chose. Une nouvelle qui vaut le détour, que l’on soit lyonnais ou non, ne serait-ce que pour cette idée d’invasion de l’ancienne capitale des Gaules par les profonds, ou simplement pour savoir que faire de son reste de « fish and chips »…

L’autre dieu (une aventure de la ligue des ténèbres), par Catherine Loiseau
Samantha, voyageuse entre les mondes, semble être la seule rescapée du crash de sa machine. Elle erre dans la campagne déserte à la recherche de ses compagnons disparus, avant d’arriver aux portes d’une ville nommée Arkham. Elle y fait bientôt la rencontre d’un certain Carter, qui l’aidera dans sa quête à travers ce monde plus qu’étrange…
Une balade intelligente en Lovecraft-land, qui nous fait visiter l’œuvre de HPL – du moins celle qu’il est coutume de rattacher au Mythe – à grand renfort de clins d’œil et de citations. Un bien bel hommage rendu au Maître de Providence, non dénué d’humour, qui mérite bien qu’on lui érige une statue au milieu de cette nouvelle Arkham ! Quant à la ligue des ténèbres... série ou pas série ?



He walked by night, par Kane Banway
Le plus terrible quand on se prend une bastos dans le ventre, c’est de continuer à lutter alors qu’on sait la partie terminée. Non, le plus terrible c’est de se savoir poursuivi par le tueur à gages à qui appartenait cette balle qui nous tiraille les boyaux et nous fait pisser le sang, parcouru par cette frayeur de s’en prendre une deuxième. Non… le plus terrible finalement, c’est de se rendre compte que tout ceci n’est pas si terrible que ça, au moment où l’on fait face à l’incommensurable horreur tapie dans les sous-sols d’un bâtiment en construction. Car si mourir fait peur, cela semble pourtant doux et bon quand on réalise qu’il y a pire encore que la mort…
La voici, la seconde claque, délivrée par cet éditeur. Une idée formidable qui débute sur cette poursuite d’une victime et de son bourreau, pour nous mener dans les contrées les plus obscures de nos frayeurs, endroits à peine effleurés dans nos pires cauchemars. Une invite à descendre profondément dans la Peur avec un grand P, et à ouvrir les yeux vers l’univers, ce grand tout qui abrite ces petits riens que nous sommes.


Bilan de cette deuxième livraison : du drôle, du beau et de l’effrayant (dans le sens noble du terme), trois auteurs à découvrir rapidement, tellement leurs histoires procurent de ces plaisirs aussi essentiels que différents. Et puis, vous l’aurez compris, ce point bonus (même si je n’attribue jamais de notes) accordé à la troisième nouvelle – He walked by night – pour son étonnante ambiance, son écriture, et sa maîtrise.
À bientôt pour de nouvelles aventures digitales, aussi plaisantes que celles-ci !

The Great Auld Ane, par Aurélie Gisbert
L'ivre-Book, collection Imaginarium. 
07 mars 2014. 26 pages environ. 1,49 euros 
ISBN : 9782368920626
L'autre Dieu, par Catherine Loiseau 
L'ivre-Book, collection Imaginarium. 
07 mars 2014. 27 pages environ. 1,49 euros 
ISBN : 9782368920633
He walked by night, par Kane Banway 
L'ivre-Book, collection Imaginarium. 
18 mars 2014. 24 pages environ. 1,49 euros 
ISBN : 9782368920619 

Couverture de la collection "Calling Cthulhu" créée par Gwen Vibancos.

jeudi 30 avril 2015

Menaces, par Amanda Byron

Haute Tension, Spectres - Hachette, 1986

États-Unis, langue anglaise, traduction langue française.


Loïs est étudiante en secrétariat et rédactrice dans le journal le plus lu du campus. Elle vit avec sa mère, souvent en déplacement, et sa tante, régulièrement de garde à l’hôpital. Son petit ami, Ronnie, est un beau jeune homme blond aux yeux bleus. Il se destine à une carrière politique, et elle, indécise, à le suivre à l’Université Capitole. Sportif, Ronnie ne brille cependant pas au sein de son équipe de basket. Il en devient pourtant capitaine après quelques magouilles, et surtout un engagement qu’il prend au nom de Loïs, pour qu’elle écrive un papier favorisant un de ses copains durant des élections locales.
Quand la jeune étudiante découvre des menaces en bas de son exercice de dactylographie, elle est choquée. D’autant qu’il lui semble être elle-même la responsable de ces menaces, comme si elle les avait inscrites dans un état second. Pour Katie, sa meilleure amie, il n’y a pas de doute possible : c’est Ronnie qui par ce biais fait pression sur elle.
Mais bientôt les menaces se font plus lourdes, et Loïs va bientôt avoir la preuve que quelqu’un essaye de communiquer avec elle. Quelqu’un qui n’est pas de ce monde…

Voilà une histoire intéressante. Un jeune homme aux dents longues qui utilise sa petite amie à des fins politiques (même si cela ne dépasse pas le cadre du campus), et une jeune fille harcelée par un fantôme. Oui, plutôt alléchant, même ! Sauf que ce bouquin est chiant.
Il faut attendre plus d’une centaine de pages (oui, 100 !) pour enfin entrer dans le vif du sujet. Car jusque là, tout n'est que romance à deux sous, redites, promesses, doutes, avec de temps en temps un petit événement qui vient piquer notre curiosité.
Cent pages avant que le fantastique ne se révèle vraiment. Certes, il y avait quelques petits signes étranges – les menaces – mais pfiuuu, j’ai bien failli lâcher prise et jeter l’éponge avant la fin. S'il n’y avait eu ce challenge lancé il y a peu sur cette collection, j’aurais certainement rangé ce bouquin sur la plus haute et la moins éclairée des étagères, avant de le finir.
Mais j’ai tenu bon et je m’en félicite. Car ce livre ne fait pas que cent misérables pages. C’est donc cette étape franchie, que soudain tout se précipite.
Finies les (trop nombreuses) histoires d’amour. Nous nous trouvons plongés dans le vif du sujet, baignant dans le fantastique à peine effleuré auparavant dans ce que l’on peut désormais qualifier de longue, très longue mise en situation.
Et l’idée s’avère très bonne, voire excellente, avec un crescendo frôlant la perfection jusqu’au dénouement. Sérieusement, j’ai pris mon pied et ai été parcouru d’une réelle satisfaction quand j’ai fermé le livre. Comme quoi, la patience, le courage et la persévérance portent leurs fruits.
Au final, nous nous retrouvons avec un livre qui remplit son devoir, nous distraire en nous faisant frissonner un peu, mais qui traîne des pieds au démarrage.
Ah, petit test pour voir si vous avez bien lu ma chronique : quel est le sport pratiqué par Ronnie, le petit ami de l’héroïne ? Non, non, n’allez surtout pas chercher la réponse sur la couverture !

Concernant l’auteure, petites recherches habituelles sur le net, et voilà ce qu’il en ressort : Amanda Byron semble n'avoir écrit qu'un seul titre...

Et le bonus final, la couverture originale de l’édition américaine, qui cette fois-ci ne reprend qu’une anecdotique séquence du livre et ne révèle en rien la teneur de l’histoire (ni même le sport pratiqué par Ronnie) !

 
Quatrième de couverture :
Loïs fut parcourue d'un frisson de terreur en apercevant au bas de la page ces quelques mots dactylographiés :
" Je te hais. Prends garde ! "
Une force invisible s'était de nouveau emparée de son esprit et de ses doigts pour la forcer à taper inconsciemment des mots lourds de menace.
Loïs avait l'impression de devenir folle. Il lui fallait absolument découvrir le sens caché de ces horribles messages envoyés par un être surgi non pas du passé mais... du futur.


Menace, par Amanda Byron
Hachette, collection haute tension - spectres N° 220
Traduction de Philippe Rouard
Titre original : The Warning, collection Twilight : where darknees begins #23
Illustration couverture : Jean-Jacques Vincent

Juin 1986. 160 pages

ISBN : 9782010118517

Menaces est ma quatrième chronique pour la collection "Haute Tension" .
Lire aussi : "Cercle infernal", "La chambre aux maléfices", "le salon de l'épouvante"

mardi 31 mars 2015

Demain les chiens, par Clifford D. Simak

J'ai lu, 1978


États-Unis, langue anglaise, traduction langue française.



Qu'est-ce que l'homme ? A-t-il réellement foulé la Terre, ou n'est-ce qu'une légende rapportée par les huit contes qui composent ce livre ?
Qu'est-ce qu'une cité ? Les hommes, s'ils ont réellement existé, ont-ils vraiment vécu dans ces endroits, ces maisons, ces fermes ?
Qu'est-ce que la guerre ? Qu'est-ce qu'un meurtre ? Est-il vrai que l'homme tuait les animaux ? Tuait même son prochain ?
Les hommes, ont-ils laissé aux chiens cette planète, ces robots, ces vestiges ? Ou ne sont-ils finalement qu'un mythe, créé par les conteurs pour alimenter les veillées des chiens qui se retrouvent le soir au coin du feu ?

Avant de vous parler du livre – l’histoire - je me dois de vous parler du livre – l’objet – lui-même. Celui que j’ai tenu entre mes mains, et dont j’ai scanné la couverture pour illustrer cette chronique.
Il fait partie d’une collection d’une dizaine de titres, tous édités chez J’ai lu, acquis par mon frère dans les années 80. Mon frère était un artiste, illustrateur, dessinateur de BD et scénariste. À 14/15 ans, il s’était pris de passion pour la SF, et pour les belles couvertures de la collection de cet éditeur. Principalement celles de Tibor Csernus et de Boris (et il n’est pas difficile d’être d’accord avec lui), car bon nombre des couvertures des livres que j’ai récupérés portent leurs signatures.
Demain les chiens cependant a une histoire particulière…
C’est un des rares livres, je pense, que mon frère ait prêté à mon père qui aimait la lecture et n’était pas rétif à ce style de littérature.
Je me souviens parfaitement qu'il lui avait fait forte impression, car il n’était pas rare qu’il le cite lors de nos discussions.
Voilà donc un titre que je me promettais de lire un jour. Car un ouvrage autant apprécié par son frère que par son père, fait naturellement figure de livre de référence. Un peu comme le livre familial.
Maintenant que je l’ai lu, nul doute que Demain les chiens se trouvera en bonne place sur la liste des recommandations que je dois établir pour mes propres enfants.

J'ai l'habitude, quand il s'agit de recueil de nouvelles, de parler de celles-ci une par une. Ici cependant, le format est un peu différent, donc ma méthode l'est aussi. Car s'il s'agit de huit nouvelles écrites et publiées séparément entre 1944 et 1951, elles  forment un tout cohérent, liées par ces introductions ajoutées par Clifford D. Simak lui-même lors de leur parution en recueil. Je ne ferai donc pas la dissection de chacune d'entre elles, mais une présentation du tout.
Les huit nouvelles qui composent cette œuvre, ces huit histoires qui sont autant de légendes chez nos amis à quatre pattes du futur, sont de véritables merveilles. Elles nous dévoilent la disparition progressive de l'homme et proportionnellement la place importante que prennent les chiens (et les robots (et les fourmis !)).
Ce sont surtout huit grandes claques dans la figure de notre société, aussi bien celle des années 40/50, au moment de la rédaction et de la publication des histoires, que celle actuelle, post-2000. Ah, oui, quand même : ce livre a plus de soixante ans, et garde toute la verve d’une critique cinglante, mais distillée parfois avec humour, de notre humanité…
De l’humour, mais aussi beaucoup de justesse d’analyse, de ce qu’étaient – déjà – les folies humaines, lourdes héritières de deux conflits effroyables et meurtriers, à l'aube d'une guerre aussi froide que nerveusement éprouvante. C’est une Science Fiction de l’air atomique, certes, mais qui reste cependant sérieusement adaptée à cette époque dans laquelle nous vivons non plus dans la peur des bombes, mais sous la terreur sournoise d'attaques aveugles. Une telle intemporalité n'est-elle pas tout simplement la marque de fabrique des chefs-d’œuvre d'anticipation ?
Bon, je dois avouer que, n'étant pas un grand connaisseur de SF mais plutôt de fantastique/horreur, je m’emballe peut-être rapidement à la lecture de récit d’anticipation de cette trempe !
Cependant.
Cependant Demain les chiens, qui jouit d’une réputation d’œuvre majeure dans son domaine, passe pour être la meilleure de son auteur. Je ne pense donc pas me tromper en la plaçant sur le haut du panier des ouvrages à lire afin de ne pas mourir idiot.
Mais que raconte ce livre ? C'est un mystère qui est resté entier pendant de très nombreuses années, et à chaque fois qu'il ressurgissait dans ma vie, je me posais la question. Comment donc remplir plus de trois cent pages, rien qu'en racontant des histoires de chiens qui dans le futur se racontent eux-même des histoires au coin du feu ?
Quelle pensée réductrice... et quelle idiotie de s'en tenir au petit résumé de la quatrième de couverture...
Non, définitivement non, ce n'est pas non plus un traité d'élevage canin à l'usage de nos arrières, arrières, arrières petits enfants. C'est un livre sur l'humanité. Sur ce que l'homme a de pire, et qui le mènera non pas spécifiquement à sa perte, mais à sa disparition de la surface du globe, comme toutes les chances qui lui ont été offertes, toutes les découvertes qu'il a pu faire, il les repousse, les nie, les rejette, les ignore, les réfute. C'est un livre qui soulève les inquiétudes humaines, qui fait se poser des questions quant à notre existence actuelle, en projetant l'homme, l'humain, dans les siècles à venir. Quelle place occupera-t-il sur Terre plus tard ? Et surtout quelle place va-t-il perdre sur cette Terre qui ne semblera alors n'être plus habitée que par les animaux, les chiens en particulier, et les robots laissés par l'homme pour servir les chiens. Chaque personne qui se plonge en ces pages peut y découvrir par lui-même la progression, l’avènement des chiens, qui n'arrivent pas là par la force - comme certains singes dans une autre œuvre d'anticipation majeure - mais par la volonté humaine.
Il m'est particulièrement difficile de parler du fond de ce livre sans en révéler ce qui en fait son intérêt, son intrinsèque vérité, le message qu'il laisse à ses lecteurs. Je peux juste dire qu'il fait partie de ces ouvrages qui laissent une trace indélébile dans la mémoire, comme il participe au perfectionnement de notre perception du monde.

Comme mentionné au début, j’ai lu cette œuvre dans son édition de 1978. Les gens curieux qui auront la bonne idée de suivre mon conseil (lisez ce livre !) peuvent le trouver sans problème auprès de leur libraire indépendant préféré. Il vient en effet d’être réédité chez J’ai lu, dans une nouvelle traduction, mais surtout avec un récit inédit, ajouté par Clifford D. Simak bien plus tard, et dont je ne peux du coup rien dire… ça va de soi !
Clifford D. Simak (03 août 1904 - 25 avril 1988) 
Il me plaît de croire que là où ils sont, s'ils sont quelque part, mon frère et mon père sont devant une bière, en train de discuter de cet avènement des chiens... Salut le vieux, salut frangin, cette chronique vous est dédiée !

Une fois n’est pas coutume, je vais me faire plaisir en vous embarquant dans un petit voyage dans le temps avec les couvertures des Pulps qui ont vu la première publication des histoires constituant ce volume – en mentionnant à chaque fois le titre original de chacune d’elles et sa date de publication.
La Cité (City) - Astounding Science Fiction, Mai 1944
La tanière (Huddling Place) - Astounding Science Fiction, Juillet 1944
Le recensement (Census) - Astounding Science Fiction, Septembre 1944
Les déserteurs (Desertion) - Astounding Science Fiction, Novembre 1944
Le paradis (Paradise) - Astounding Science Fiction, Juin 1946
Les passe-temps (Hobbies) - Astounding Science Fiction, Novembre 1946
Esope (Aesop) - Astounding Science Fiction, Decembre 1946
Un moyen bien simple (The Trouble with Ants) - Fantastic Adventures Janvier 1951
Demain les chiens, par Clifford D. Simak
J'ai lu
Traduction de Jean Rosenthal
Titre original : City
Illustration couverture : Tibor Csernus

4eme trimestre 1978. 311 pages
ISBN : 2277113735

http://laprophetiedesanes.blogspot.fr/

Cette chronique fait partie du challenge Morwenna's List, instigué par la prophétie des ânes.