dimanche 4 mai 2014

Tekeli-li, par The Great Old Ones

Les acteurs de l'ombre, 2014

France, Musique, Post-Black-Metal.

 

 

Je ne suis pas fou.

Je souhaite juste aujourd'hui prévenir le monde des horreurs indicibles que cette nouvelle expédition dans l'univers sombre de ce groupe pourrait libérer dans l'esprit de son auditeur.

Non, je ne suis pas fou.

Je les ai entendues, ces longues envolées de guitares implacables, forme nouvelle de ces musiques impies que devait jouer Erich Zann dans son grenier, face à sa fenêtre ouverte sur le néant. Je les entends encore, ces chants hurlés à la face du monde, distillant toute l'horreur vécue par les protagonistes en antarctique face à la vision infernale, la découverte macabre des corps déchiquetés laissés dans le campement par d’innommables créatures...

Elles résonnent toujours en moi, les charges lourdes d'une basse impeccable, et les heurts d'une batterie sonnant comme mille canons. Mon être tout entier vibre encore, tant il est secoué de ces jouissances démentes, procurées par ces sons venus d'outre-espace...

Que n'avais-je été prévenu, cependant, de l'addiction puissante qu'allait provoquer en moi la découverte de ces indicibles secrets. Oui, la musique des Great Old Ones est une chose magnifiquement sombre, une de ces trouvailles que l'on fait un jour, en sachant qu'elle nous accompagnera pendant  longtemps.


The Great Old Ones (TGOO pour les intimes) est un projet sur lequel travaille Benjamin Guerry (chant / guitare) depuis 2009. Sa rencontre décisive avec Jeff Grimal (chant / guitare) en 2011 confirme son envie de pousser plus loin ce projet, qui se concrétise avec l'arrivée de Xavier Godart (guitare), de Sébastien Lalanne (basse) et de Léo Isnard (batterie). Dès le premier album, Al-Azif  (terme arabe qui fait référence aux hurlements des démons dans le désert, et qui est le nom original donné au livre maudit de l'arabe fou Abdul Al-Hazred, le Nécronomicon), qui sort en 2012, The Great Old Ones rencontre un succès plus que mérité. Le deuxième album, Tekeli-li donc, ne fait que confirmer ce que l'on sait déjà : Les Great Old Ones sont des grands. Des très grands !



Quand un groupe sort un premier album aussi bon que Al-Azif, il est attendu au tournant avec son second. Mais douter à-priori de la qualité de Tekeli-li, le nouvel opus de The Great Old Ones, par principe primaire et éculé, aurait été un affront.

Avec le talent qu'ont ces musiciens bordelais, il est tout bonnement impossible de faire moins bien. On peut au minimum faire aussi bien. Mais force est de constater que, même si Al-Azif était un incroyable album, Tekeli-li va bien au delà de tout ce que l'on pouvait espérer, par delà les montagnes hallucinantes, par delà l'excellence !

En vérité, il m'est difficile de poser concrètement les idées qui se bousculent dans mon crâne, inspirées par l'écoute en boucle de ce disque, pendant des heures, de jour comme de nuit. Il m'est difficile de retranscrire fidèlement ce que j'ai envie de vous hurler, amis lecteurs, pour vous faire comprendre combien ce groupe est un des plus importants de la scène musicale actuelle.

Oui, certains diraient que les non-amateurs de métal pourraient passer leur chemin. Ils peuvent toujours. Mais ils se priveraient d'un moment d'intense bonheur que seul les chefs-d’œuvre sont capables de provoquer...

Alors The Great Old Ones étaient attendu au tournant, et ils ont parfaitement maitrisé le virage, en se permettant même de passer la vitesse supérieure sans faire de tête à queue.


Tekeli-li, quel drôle de nom, me direz-vous ? Les amateurs de Lovecraft, comme de Poe, l'auront cependant reconnu. C'est le cri poussé par des sauvages dans le seul roman écrit par Edgar Allan Poe les aventures d'Arthur Gordon Pym. En guise d'hommage, et parce que les montagnes hallucinées de Lovecraft est une suite aux aventures de Gordon Pym, "Tekeli-li" devient le cri des Shoggoths, ces créatures de la cité extraterrestre éveillées par les membres de l'expédition de l'université de Miskatonic.

Et parce que ce deuxième opus des Great Old Ones, le meilleur groupe lovecraftien que cette fichue planète ait porté, a pour inspiration cette histoire du maître de Providence, il était fort judicieux, et bien vu, que l'hommage se perpétue.

 

Mais l'album, alors ? Et la musique ?

Et bien le début de cette chronique vous l'aura fait comprendre: c'est du lourd, du bon.

Certains titres sont écrits en français. Non chantés, ils content l'histoire de l'expédition, ou introduisent certains autres morceaux. Les autres sont chantés, d'une voix grunt, typique au genre métal, d'une maitrise absolue.

Voici, brut de brut, les titres de l'album:

 - Je ne suis pas fou

- Antartica

- The Elder Things

- Awaening

- The Ascend

- Behind the Mountains

Ne manquez pas d'aller jeter une oreille sur le site bandcamp des acteurs de l'ombre, qui distribue l'album. 

Mais surtout, faites vous plaisir, achetez le CD, ou le double vinyle magnifique. Voyez plutôt :

 

http://www.lesacteursdelombre.net/productions/v2/?post_type=product 

Je suis pour ma part l'heureux propriétaire du coffret CD N° 114 sur 150, incluant un exemplaire des montagnes hallucinées de Lovecraft agrémenté de magnifiques illustrations de Jeff Grimal qui, non content de jouer incroyablement de la guitare, sait manipuler le pinceau avec brio !
Oui, car c'est à lui que l'on doit les magnifiques pochettes de The Great Old Ones ! Allez visiter son site pour vous en rendre compte par vous même !

Et puis voici, pour conclure, les liens vers le site officiel du groupe et leur page Facebook

Je ne suis pas fou.
Non.
Je ne suis pas fou...

Tekeli-li, par The Great Old Ones.
Guitare/Chant/Paroles : Benjamin Guerry
Guitare/Chant/Art: Jeff Grimal
Guitare : Xavier Godart
Basse : Sebastien Lalanne
Batteries : Léo Isnard 
Enregistré par Cyrille Gachet.
CD, ou double LP, les acteurs de l'ombre.
16 Avril 2014

jeudi 13 mars 2014

L'oncle Silas, par Joseph Sheridan Le Fanu

Néo, 1988

Irlande, traduction en langue française.

 


Jeune fille de 17 ans, Mathilde n'est jamais sortie de sa demeure bourgeoise où son père la retient depuis la mort de sa mère. Elle n'est pas prisonnière. Elle est juste préservée du monde extérieur, et instruite par une étrange femme, la Française « Madame ». Parfois, quelques visiteurs franchissent la porte d'entrée, surtout depuis que son père est devenu swedenborgien. Cependant, Mathilde devient spectatrice du déclin de son père, jusqu'au jour où celui s'effondre pour ne plus se relever.
Elle est alors confiée par voie testamentaire à celui qu'elle admire par portrait interposé, le mystérieux oncle Silas. Ce dernier souffre d'une réputation plutôt mauvaise de joueur cupide, malchanceux et endetté, mais surtout de meurtrier. En effet, il aurait été accusé de s'être débarrassé de l'un de ses créanciers dans sa propre demeure. Quoi qu'il en soit, Mathilde, nouvellement riche héritière, arrive chez son tuteur, pour y trouver un endroit de grande liberté... qui cache une toute autre et terrible prison. D'autant qu'elle commence à s'y éveiller à l'apprentissage de la lâcheté humaine, prendre conscience de la malignité que peut revêtir un sourire, ou l’intérêt que dissimule chacune des bonnes intentions portées à son égard. Elle doit de plus faire face à de jeunes courtisans, tout en se méfiant de tous ceux qui l'entourent. Et découvrir les terribles complots qui s'ourdissent autour d'elle...
Oui ou non, ce fameux oncle Silas est-il le maître qui tire les ficelles de ces manigances, ou bien n'agit-il sincèrement et pieusement que pour le bien-être de sa nièce ? Et ses prétendants, lui font-ils les yeux doux pour sa gracieuse jeunesse, ou gardent-ils un œil sur sa fortune ? Et ce docteur, ancien ami et confident de son père, vient-il rendre visite à son oncle pour la défendre et la préserver, ou pour pactiser avec son tuteur ? Ces voisins, cousins, tous ces gens qui gravitent autour d'elle: amis ou ennemis ? Elle, si jeune, qui n'a jamais quitté sa maison paternelle que pour rejoindre celle de son oncle, elle si inexpérimentée aux choses de la vie, n’affabule-t-elle tout simplement pas ? Lui veut-on vraiment du mal ? Quant à ce fantôme, qu'elle croit pouvoir apercevoir au détour des pièces sombres et innocupées de la grande demeure de l'oncle Silas, n'est-il pas finalement qu'une légende ?

« L'oncle Silas », de l'Irlandais Joseph Sheridan Le Fanu: voilà un livre qui semblait devoir se trouver à jamais au sommet d'une des montagnes d'ouvrages qui s'élèvent au côté de mon lit. De ces sommets qui forment ces fameuses « montagnes hallucinantes », à des hauteurs si élevées qu'on semble pouvoir y distinguer, avec de bonnes jumelles, des neiges éternelles. Ce roman de Le Fanu, donc, semblait ne jamais devoir descendre de ce sommet perpétuellement glacé, tant l’accès y semblait impossible. Pourtant...
Pourtant, oui, une expédition récente me l'a fait redécouvrir. Plusieurs jours m'ont été nécessaires pour venir à bout de cette œuvre, non par manque d’intérêt — loin de là —, mais plus par ce désir de gourmet de savourer le plus longtemps possible le met qui m'était proposé.
Un roman formidable, donc, que beaucoup considèrent comme le meilleur de son auteur. Je ne saurais me prononcer quant à ce dernier avis, n'ayant que très peu lu de son œuvre. Ce que je peux dire, cependant, c'est que l'histoire, contée à la première personne par Mathilde, l’héroïne, nous captive tout d'abord par sa fraîcheur, puis par son mystère, et enfin par la terrible descente aux enfers qu'elle subit. Parler de suspens, classer ce roman comme un Thriller (dont il pourrait-être le précurseur) est fort à propos : le complot qui se trame autour d'elle, ou plutôt de sa fortune est des plus subtils. Mais parler de roman fantastique, à l'inverse, se discute. S'il faut s'en référer au principe scolaire, ce roman ne l'est pas. Mais s'il m'est permis de me cantonner à ma propre vision des choses (et je ne vais pas me priver !), dans ce cas, c'est bien de fantastique dont il est question ici. Certes, les fantômes ne sont pas de ceux que l'ont croise habituellement. Les revenants ne le sont que par le souvenir, ou par cette oppressante volonté qu'ont certains des protagonistes à croire en eux. Mais il y a cette écriture, magnifique et forte, cette ambiance, ce vocabulaire, cette syntaxe qui sont foncièrement les matériaux dont on fait les histoires fantastiques. Certaines séquences parviennent même à faire frissonner, signes de la maitrise absolue de la narration par l'auteur (et de sa traductrice), maitrise qu'il n'est plus nécessaire de démontrer concernant le Fanu. Il me paraît juste donc, tout comme nous invite à le penser la quatrième de couverture, de considérer « L'oncle Silas » comme un roman gothique tardif...
Il s'agit donc pour moi de la (re) découverte d'un auteur essentiel, que je vous invite à lire, s'il ne fait pas déjà partie du panthéon de vos auteurs favoris.
Il est à noter qu'en cette belle année 2014 seront célébrés le 200e anniversaire de la naissance de Joseph Sheridan Le Fanu, ainsi que le 150e anniversaire de la publication de... L'oncle Silas ! Certaines festivités sont programmées toute l'année à Dublin (Irlande). Pour en savoir plus, rendez-vous sur le fameux réseau social, à la page Le Fanu at 200.

L'oncle Silas: histoire écrite en 1864, traduction française attribuée à Marie-Thérèse Blanc (sous son pseudonyme Th. Bentzon) pour une première édition chez Calmann-Lévy en 1877, puis 1883. Cette traduction est celle qui sert de référence à la présente édition, « rajeunie et abondamment corrigée », selon l'éditeur dans sa courte introduction. Il est bon de noter qu'une traduction en a été proposée par Jacques Finné pour son volume paru en 1997 chez l'éditeur José Corti, qu'il sera beaucoup plus aisé de dénicher que ces légendaires livres de chez Néo...

L'oncle Silas, par Joseph Sheridan Le Fanu.
Traduction attribuée à Marie-Thérèse Blanc (sous le pseudonyme TH. Bentzon)
Collection Néo Plus N° 19
Juillet 1988. 248 pages.
ISBN: 9782730405058

dimanche 16 février 2014

Calling Cthulhu, première livraison

L'ivre-Book, 2014

Collection "Imaginarium"

Langue française, France

L'ivre-Book est un éditeur tout numérique que je viens de découvrir au détour d'une page web. Son catalogue est riche de plusieurs collections, allant de genres aussi variés que le polar, l'humour, l'érotisme, mais tout de même fortement orienté vers le fantastique et l'imaginaire, flirtant avec l'horreur, la fantasy et la science-fiction.
Après un appel à texte lancé il y a quelques mois, et auquel je m'étais juré d'essayer de participer (tiens, j'ai oublié !!), vient donc de naître, au sein de la collection Imaginarium, cette toute nouvelle série: Calling Cthulhu. Avec un nom pareil, je ne pouvais que me ruer sur ma liseuse électronique (que j'ai nommé Cthulhu, d'ailleurs), afin de me repaître de ces trois histoires courtes qui constituent la première livraison. Et dans la foulée, je me saisis de ma plume, digitale elle aussi, pour rédiger ces chroniques groupées sous le titre de la collection elle-même...

La compassion de Cthulhu, de Yves-Daniel Crouzet:

Cette nouvelle, la plus longue des trois, nous fait voyager loin de notre territoire, puisqu'elle a la Martinique pour décor. Suite à un tremblement de Terre, Marie-France est découverte à moitié folle et couverte de contusions au pied d'une statue. Internée, elle trouve en Arthur Zann (!), jeune infirmier venu de Métropole et appelé en renfort, un confident de confiance. Et ce qu'elle va lui raconter le propulse dans un trouble affreux, jetant le doute quant à sa réelle aliénation. Il apprend ainsi qu'elle n'est pas la rescapée d'un séisme, mais la survivante d'un sacrifice dont elle était la victime ! Quant aux choses indicibles dont elle lui parle, elles ressemblent effroyablement à celles qu'il a découverte dans les histoires de Lovecraft... Et si, finalement, elle ne disait que la plus pure, la plus innommable des réalités...?
Cela commence avec des citations de Poe et de Lovecraft. Puis, après la découverte des lieux exotiques, nous sommes plongés directement dans l'horreur de la cérémonie subie par Marie-France, où se côtoient rites vaudou et psalmodies r'lyehennes. Cette histoire est un bon pastiche lovecraftien, doté d'un Shoggoth et de son Grand Ancien de rigueur, à l'écriture plutôt prenante et parsemée de moments vraiment captivants. Elle laisse cependant en suspens cette question que je me suis posée dès la lecture du titre: "De quelle compassion Cthulhu est-il capable" ? Oui, cette compassion me laisse encore un arrière goût de perplexité... Un point reste à souligner: Yves-Daniel Crouzet nous gratifie de descriptions des entités plutôt réussies, d'un genre que je trouve rare dans les histoires du Mythe.

Le héros de l'aventure, de Philippe Goaz: 

C'est un peu par hasard, chez un bouquiniste, que le jeune Patrick Gontier tombe sur ce livre étrange "Le chemin sous la montagne maudite". La couverture le lui promet: c'est LUI qui en sera le héros. Alors il se sépare de quelques piécettes, et garde précieusement l'ouvrage dans un coin, en attendant le moment propice. Et le voici enfin, en ce week-end, tandis que ses parents vont rendre visite à de la famille en le laissant seul. Seul avec ses dés. Seul avec son courage, son endurance, et le niveau de folie qu'il ne doit surtout pas dépasser. Mais dans les ténèbres qui l'entourent rôde un danger imminent.  A moins que le danger ne soit les ténèbres...
Voici un pur moment de bonheur. Ancien lecteur/joueur de livres dont vous êtes le héros (LDVELH pour les intimes), j'ai ressenti à nouveau, et ce quelques décennies après, la fébrilité que provoquait systématiquement en moi la découverte d'une aventure. La progression du jeune lecteur m'a replongé quelques instants dans ce monde que seule la lecture d'un livre-jeu apporte. Sauf que l’immersion dans le monde irréel devient des plus terribles pour notre héros. Une histoire donc que tout joueur de JDR de la première génération et lecteur de LDVELH se doit de lire, tant les clins d’œils qui la parsèment sont des plus réjouissants. Une nouvelle bien fisselée qui se lit vite, et débouche sur une fin peut-être un peu prévisible, mais cependant jubilatoire. On en redemande...

Le faussaire, de Faust Netschaiev:

Lavé, l'appartement, parfaitement balayé de ses souvenirs, et des textes écrits par son occupant. Une vie emportée par les eaux, comme la santé mentale de celui qui va essayer, autant se faire que peut, de retrouver l'inspiration, afin de répondre à cet appel à textes. "Le mythe de Cthulhu", inspiré par Howard Phillips Lovecraft, le reclus de Providence, ce Maître du fantastique dont il ne trouve plus trace dans la bibliothèque municipale. Et qui donc sont ces inconnus qui le harcèlent par le biais de lettres anonymes ? Et qui sont ces anonymes qu'il harcèle par le biais de lettres incongrues ? Qui est Lovecraft ? Et lui qui est-il ? Qui est-il finalement ?
Voilà le genre d'ouvrage que j'aime, celui des trois que je préfère sans aucune tergiversation possible. On lit quelques mots, quelques lignes, et on n'a qu'une hâte : lire quelques lignes, quelques paragraphes, quelques pages encore... La folie dans laquelle baigne ce récit est une marque de haute qualité, une prouesse d'écriture subtile aussi dérangeante qu'envoutante. Je ne connaissais pas encore cet auteur, et même s'il prétend ne pas exister, c'est un grand. Je trouve que c'est un hommage au Maître de Providence vraiment réussi, ainsi qu'un joli cadeau à ses lecteurs, que nous offre Faust Netschaiev avec son récit. Et une façon de clore avec brio cette première livraison.

Quelques mots, quelques précisions, concernant cette nouvelle série, dont les trois premiers titres augurent un avenir plus que prometteur. Sont prévus une quarantaine de titres (que j'espère d'aussi bonne facture que ceux-ci), publiés individuellement ou au sein d'anthologies. Une affaire à suivre, donc...

La compassion de Cthulhu, par Yves-Daniel Crouzet
L'ivre-Book, collection Imaginarium.
12 février 2014. 40 pages environ. 0,99 euros
ISBN : 9782368920541
Le héros de l'aventure, par Philippe Goaz
L'ivre-Book, collection Imaginarium.
12 février 2014. 29 pages environ. 0,99 euros
ISBN : 9782368920558

Le faussaire, par Faust Netschaiev
L'ivre-Book, collection Imaginarium.
12 février 2014. 32 pages environ. 0,99 euros
ISBN : 9782368920565
Couverture de la collection "Calling Cthulhu" créée par Gwen Vibancos.

jeudi 6 février 2014

Broken Sigil, par William Meikle

Darkfuse, 2014

Etats-Unis, langue anglaise


Il est toujours difficile d’enquêter sur la mort d'un flic. Surtout quand il a été descendu par un de ses confrères.
Il est d'autant plus difficile de mener cette enquête quand la victime n'est autre que son meilleur ami... et cela même s'il a été l'amant de sa femme !
C'est la lourde charge qui incombe au détective Joe Connors qui, franchissant le perron sur lequel la victime s'est effondrée, pénétrera en une maison il découvrira d'étranges personnes, mais surtout d'étranges faits.
Rien ne l'avait préparé à cet affrontement, à ce lourd passé qui rejaillit sans prévenir, à ce fantôme qui le hante, et cet espoir, surtout, de retrouver sa femme, sa défunte femme.
Rien ne le préservera de la douleur, du regret, de l'angoisse. Rien ne l'aidera à affronter ses vieux démons qui refont surface pour s'imposer bel et bien, sa consommation démesurée de whisky, et sa tabagie retrouvée, devenue vitale. Rien ne le protégera plus désormais de lui-même.
Il se perdra, corps et âme, dans cette nouvelle quête surnaturelle, que le sceau qu'il s'est fraichement tatoué l'aidera à mener à bien. Il apprendra qu'avec le courage, la volonté, il est possible à ceux qui souffrent d'entrevoir une autre vie, d'autres lieux où les morts ne sont pas totalement partis. Mais il apprendra surtout que briser les règles de la "maison" ne peut rester sans conséquence...

The Broken Sigil est une histoire sombre, d'une noirceur profonde, glauque à souhait, magnifique. C'est une lente, et cependant précipitée, descente aux enfers, une sorte d'opération à cœur ouvert. Un habile mélange de surnaturel, de film noir, de polar, tout ceci imbriqué en ce qui devient un infernal huis-clos. Une totale mise à nu du personnage principal, une introspection claustrophobique. Et même si la fin laisse entrevoir un semblant de quiétude, le sentiment tenace, le goût amer qui est seul à subsister est celui de la défaite. Un sentiment emprunt de solitude, qui laisse pantois, et qui donne envie de se replonger à nouveau dans l'ouvrage, pour en relever toute la détresse qu'il renferme.

Je vous l'avais laissé comprendre dans ma précédente chronique, William Meikle signe avec cette novella une magnifique histoire qui, si je devais la noter, aurait remporté un mérité 10/10. Mon œuvre favorite pour le moment, un coup de cœur, qui n'augure que du bon en provenance de Terre-Neuve, patrie d'adoption de cet écrivain écossais.


William Meikle, site officiel
Editeur: Darkfuse
The Hole, eBook

Broken Sigil, par William Meikle.
Darkfuse.
14 janvier 2014.  57 pages.
ISBN: -

mercredi 5 février 2014

The Hole, par William Meikle

Darkfuse, 2013

Etats-Unis, langue anglaise


Tout commence par une rumeur. Un bourdonnement qui dérange, puis qui provoque des terribles maux de têtes et des saignements de nez importants.
Fred, qui se réveille d’une de ces cuites aussi mémorables que fréquentes, pense d’abord au début de graves problèmes physiques que son addiction à la bouteille lui promet depuis de longs mois. Mais quand il se rend dans le centre de son patelin, situé dans le quelque part fort reculé d’un état américain, il réalise. Le bourdonnement intense qu’il a entendu cette nuit a affecté plus de la moitié des habitants, provoquant chez eux les mêmes symptômes. La pauvre infirmière d’habitude si tranquille le constate aussi : jamais elle n’aurait pensé avoir autant de patients dans son cabinet.
Mais pour l’heure, Fred, qui doit s’envoyer une bière pour se mettre en train, croise Charlie, son vieux compagnon de beuverie, qui lui propose un job ingrat mais bien payé : aller redresser la cuve de décantation qu’un affaissement de terrain a renversé chez un grand propriétaire terrien du coin. A peine le labeur commencé, le bourdonnement reprend, et la fissure dans le sol devient crevasse profonde. Charlie, que la chute de la cuve a blessé à la tête, et qui est à deux doigts de se noyer dans ses eaux saumâtres, est sauvé in extremis par Fred. Quant à la crevasse, elle s’agrandit à vue d’œil...
De retour au troquet, où le Jack D. remplace vite la bière pour noyer les événements dans une saoulerie salvatrice, le vieux Charlie, dont le front arbore désormais quelques fiers points de sutures, se laisse aller aux souvenirs… Il dévoile ainsi à son comparse l’étrange histoire qu’il a vécue il y a de ça pas mal de temps : sous les terres qu’ils viennent de fouler, et dont l’effondrement a failli lui coûter la vie, il y a d’anciennes mines. Un dédale de boyaux obscurs, dans lequel trois des cinq gars avec lesquels il y travaillait ont mystérieusement disparu du jour au lendemain…
Pendant ce temps, le shérif du secteur, déjà bien occupé à essayer de régler les multiples petits manquements aux règles de ses concitoyens, est appelé à un endroit de la fissure que l’eau a rempli : trois corps y ont été repêchés. Mais même si leur état de décomposition est déjà fort avan, certains éléments sont troublants : ces corps bien qu’anthropoïdes semblent ne pas être humains.
Car ce que semble faire ressurgir cette faille, de plus en plus grande et profonde, ce sont plus que les souvenirs d’un vieil ivrogne. Bientôt, la terreur et l’horreur s’abattent sur la bourgade, pour vite laisser place à ce qui semble une fatalité irrationnelle, incontrôlable, un trou de néant diabolique dans la vie des survivants…

Ce roman, « the Hole » a un goût prononcé de série B, mais tourné avec un budget hollywoodien par un réalisateur surdoué. Certes, les personnages principaux sont les archétypes des héros américains : Il y a les alcoolos souvent beurrés, mais toujours là pour aider et révéler leur grandur, le shérif bedonnant mais courageux, l’infirmière prête à risquer sa peau pour celle d’autrui, la jeune fille blonde que l’on sauve et qui tombe amoureuse, la vieille irritante toujours à critiquer les actions et décisions des autres… Mais la force de William Meikle, c’est d’offrir à chacun de ces personnages une vraie identité. Pour certain, c’est un lourd passé qui refait surface, ou qui n’a jamais vraiment disparu, et qu’il faut affronter à nouveau. Pour d’autres, c’est la découverte du moi intérieur, que le peu de considération avait enfoui profondément. Ou ces échanges, encore, entre les protagonistes, qui enrichit la narration par des détails qui sont loin d’être anecdotiques.
Mais l’histoire n’est malheureusement pas exempte de quelques points qui me chagrinent. Il y a cette relation amoureuse soudaine entre deux des protagonistes qui m’a d’abord décroché un sourire, mais qui m’a par la suite dérangé, car elle est vraiment inutile à mon goût, voire hors de propos (ah, comment vous le dire sans trop en dire… lisez donc ce livre, je pense que vous comprendrez). Il y a aussi cette improbable et soudaine capacité d’un des personnages à lire d’anciennes incantations découvertes dans le journal trouvé par hasard dans le refuge souterrain du propriétaire des mines, et à les psalmodier suffisamment bien pour qu’elles soient efficaces. Et puis il y a ce relatif happy end, relatif car seulement certains héros disparaissent juste à la fin - ce qui me plait dans l’absolu, même si tous auraient dû y passer (hin, hin, hin…) - et je n’aurais personnellement pas tué ceux-là (mais plutôt le couple improbable)...
Cependant, si cette histoire est certes pleine de ces stéréotypes propres aux genres catastrophe, survival, invasion, fin du monde et autres, elle est aussi bourrée de passages mémorables, de bonnes trouvailles et de situations désespérées vraiment angoissantes. Tout ceci mené crescendo, pour aboutir à cette terreur jubilatoire de la découverte de l’origine de cette catastrophe. Amis lovecraftiens, vous y trouverez votre compte !

Avec « The Hole », William Meikle ajoute à sa bibliographie un excellent roman. Je suis loin d’avoir écumé toute sa production – je n’ai découvert cet auteur qu’il y a un an environ – tant son œuvre est dense, d’autant plus qu’il reste très prolifique. Mais j’en ai toujours apprécié la lecture, que ce soit celle de ses nouvelles ou de ses romans. William Meikle a la force des plus grands : il sait comment tenir en haleine ses lecteurs. Il connaît et maîtrise parfaitement les outils narratifs, pour mener jusqu’au bout les excellentes idées qui semblent bouillonner dans sa tête, et qui explosent à chacune des pages qu’il écrit. Et je suis bien tenté de dire que, s’il a la force des plus grands, c’est qu’il a l’envergure de ces derniers, et même si sa notoriété va croissant, il mériterait plus de succès encore qu’il n’en a actuellement. Traduit en Japonais, Portugais, Roumain, Italien, Russe, Grec, même Hébreux… seule la France (encore et toujours) semble ignorer son talent.

William Meikle est un écrivain d'origine écossaise, qui vit désormais à Terre-Neuve. Il fait revivre avec brio des personnages légendaires tels que Carnacki (inventé par William Hope Hodgson), le professeur Challenger, voire Sherlock Holmes lui-même (créés par Arthur Conan Doyle). Quand ce n'est pas son propre détective de l'étrange, Derek Adams, qui mène lui-même l'enquête dans la série "The Midnight Eye" ! Et il y a de plus toutes ces nouvelles, recueillies en divers volumes en format digital, et les romans dont "the Hole" fait partie. Quand William n'écrit pas, il joue de la guitare en sirotant des bières ou du single malt (boisson omniprésente dans son œuvre)... ce qui me fait conclure par cette question : qu'attendent les distilleries de son pays natal pour le sponsoriser ?

Histoire lue au format digital. Une version papier (limitée) existe, mais la place sur mes étagères et mes finances (limitées, elles aussi), me prive du plaisir de le posséder.

En guise de conclusion, j’étais tenté d’écrire que « The Hole » était l’œuvre de cet auteur que je préférais. Mais j’ai depuis dévoré un autre de ses livres « The Broken Sigil »… à suivre…

William Meikle, site officiel
Editeur: Darkfuse
The Hole, format papier,  ou eBook

The Hole, par William Meikle.
Darkfuse.
Juillet 2013.  266 pages.
ISBN: 978-1937771973