lundi 21 juillet 2025

La barque des morts, par Jason Dark

Haute Tension, collection Spectres John Sinclair - Hachette

Allemagne, langue allemande, traduction en langue française.



Gene Ferguson
, conservateur d'un petit musée d'art égyptien situé en plein cœur de Londres, vient de disparaître, alors qu'il venait tout juste de demander de l'aide à Jason Dark... Son petit musée semble hanté !

A son arrivée, Jason Dark retrouve le corps sans vie du gardien et doit faire face à son assassin, qui n'est autre que la statue d'Anubis sous sa forme de chacal, qui a pris vie et a égorgé le pauvre Gene Ferguson...

Après avoir appelé la police criminelle, Jason Dark descend dans les caves du musée pour y retrouver, enfermé dans une caisse, l'égyptologue James Barkley, qui a importé la statue d'Anubis, seule statue véritable du musée qui ne contient quasiment que des copies. Il était là pour évaluer la qualité de ces dernières quand Gene Ferguson l'a sans doute pris pour un cambrioleur, l'a roué de coups et enfermé dans la caisse. Il ne croit pas Jason Dark quand il lui raconte les faits, surtout quand il lui apprend que la statue a pris vie!

Sur le Nil, un pêcheur du nom de Sadir et son fils Ghamal, se voient contraint de remettre à l'eau toute leur pêche : les poissons sont malades, invendables. Ghamal raconte alors qu'il pense avoir vu la barque mortuaire d'Anubis. Sadir mal à l'aise remonte sur le pont pour y découvre avec effrois que, sortant des eaux sombres du fleuve, une momie est en train de grimper dans sa felouque...

John Sinclair, Pang Lim et le professeur Barkley se retrouvent alors en Égypte pour aller voir le mastaba dans lequel la statue et un parchemin ont été découverts. Ils sont sur un bateau de croisière qui descend le Nil pour s'y rendre.

La felouque de Sadir et Ghamal rentre en collision avec le bateau. Le père a été tué par la momie et le fils a sauté à l'eau. Il est recueilli un peu plus loin, quand la barque mortuaire aperçue peu avant et qui poursuivait le bateau des pêcheurs aborde le bateau de croisière ! Bien entendu, elle passe à travers ce dernier, car c'est un vaisseau fantôme. Elle est plus tard découverte sur le pont, et le sarcophage du grand prêtre maléfique Per-nio (!) est vide. Des momies envahissent alors le navire.

John Sinclair et le professeur sont contraints de monter sur la barque mortuaire (mais pas Pang Lim, qui n'intéresse pas le prêtre ! Sympa...)

Du coup, une fois la barque mortuaire partie à destination du mastaba avec son équipage, Pang Lim vole un bateau de secours motorisé et part à leur poursuite. En route, le jeune pêcheur Ghamal (qui s'était accroché aux cordages, car il veut venger son défunt père) embarque dans son bateau.

Lors de la confrontation finale, la momie de Per-nio, très bavarde et vraiment trop gentille, raconte toute son histoire à John Sinclair ! Juste avant, la barque atteint le mastaba dans lequel elle pénètre. Alors que John et le professeur sont emmenés dans les ténèbres, le mastaba se referme sur eux ...


Ah, là, là... Si vous ne m'arrêtez pas, je vais vous raconter tout le bouquin, moi, à cette allure ! Faut m'le dire, hein, parce que sinon, vous n'allez plus avoir besoin de le lire, alors que mes chroniques de John Sinclair vous donnent toujours envie de lire les livres derrière.

Si, si, inutile de le nier.

Bon, je dois vous avouer que le passage des deux pécheurs dans leur felouque qui se font aborder par la momie sortie des eaux sombres est vraiment bien écrit et vaut, à lui seul, l'effort de lire ce bouquin.

Autre aveu, et vous allez m'en vouloir trèèès fort : je commence sérieusement à prendre goût aux aventures de John Sinclair. Parce que je me suis rendu compte que ce dont souffraient principalement ces histoires, ce sont leurs traductions. Alors, pour vous faire plaisir, j'ai maintenant sur mes rayonnages la quasi-dizaine de volumes sortis chez Fleuve Noir (de meilleure facture niveau langue française) et plusieurs dizaines de fascicules en allemand que je vais me faire le plaisir de lire pour vous et ce blog !

Alors, hum ? Heureux ?



Jason Dark, pseudo pas si obscur que ça de l'écrivain allemand Helmut Rellergerd, est le créateur de John Sinclair, chasseur de spectres. Sa série qui compte  aujourd'hui plus de 2400 titres, est adaptée en version audio et connait une carrière internationale incroyable. Une petite visite sur ce site germanique vous fera comprendre l’ampleur de cette série mythique.

Bonus momifié, la couverture originale allemande, au bon goût parcheminé :
 

Quatrième de couverture :
Je sentis soudain une présence dans la pénombre du musée, comme si les statues des dieux s'animaient d'une vie lugubre.
Je déplaçai lentement le faisceau de ma lampe, et tout à coup mon geste se figea.
Ferguson gisait sur le sol !
Cet homme était le seul qui pouvait m'aider à percer le mystère. Malheureusement, il ne parlerait plus jamais. Il ne me restait qu'à reprendre cette étrange affaire de fantôme depuis le début...

La barque des morts, par Jason Dark
Hachette, collection Haute Tension – Chasseur de Spectres N° 224
Traduction de Alain Royer
Titre original: Anubis-Wächter im Totenreich
Illustration de couverture : Jean-Jacques Vincent
Octobre 1986. 154 pages
ISBN : 9782010115783
 
 
La barque des morts est ma quatorzième chronique pour la collection "Haute Tension"  (eh oui...)

Un enfant de chœur, par Serge Laforest

Fleuve noir, Spécial Police - 1956

France, langue française.


Billy Sands est professeur de Mathématiques dans une école du Queens aux États-Unis. Il sait qu'un petit groupe de ses élèves aime à faire des caricatures de lui en classe, mais celle qu'il trouve tombée au sol ce jour-là, le représentant dévêtu dans une position plus qu'explicite en compagnie d'Helen Davy, professeur de lettres et future fiancée, le met dans une colère noire. Découvrant que l'inspiration vient d'un "cartoon book", une brochure pornographique achetée pour quelques cents à la sortie de l'établissement, Billy décide de ne pas sanctionner les jeunes. Mais, comme il déteste la pornographie qui détourne la jeunesse de la bonne éducation qu'il essaye d'inculquer, il décide de prendre un congé pour infiltrer - avec l'accord et le soutien de son ami, Charley Briggs, lieutenant du FBI - le gang qui imprime et vend à la sauvette ces infâmes brochures. Car Billy, sous ses airs d'enfant de chœur, est un dur à cuire.

Durant ses observations et filatures, qui lui feront prendre bon nombre de coups de poing et pour lesquelles il sera à deux doigts de laisser sa peau, il se détache d'Helen Davy pour se rapprocher de plus en plus d'une chanteuse de cabaret qui lui prouvera que le monde, surtout celui de la pègre, est petit.

Mais réussira-t-il à mener cette (en)quête presque impossible, lui, un simple professeur de Maths face à des caïds de la pire espèce ? 


Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas plongé dans le Fleuve Noir et quoi de mieux pour s'habituer à sa température (très chaude), que de nager en eaux sûres, celle de Serge Laforest, cet auteur que j'aime tant. Même s'il m'arrive de fréquenter régulièrement son agent secret Gaunce qui sévit dans les pages de la collection Espionnage (dont je ne vous ai toujours pas entretenu ici, mais ça ne saurait tarder !), j'ai encore préféré piocher au hasard et suis tombé sur cet enfant de chœur.
Je vous avoue, ça fait du bien de retrouver ce style qui est bien plus travaillé que le laisseraient paraître les préjugés de cette collection. Même si l'écriture de Laforest pour ce roman souffre d'un léger essoufflement, tant dans le rythme que la trame. Voilà un professeur qui se substitue à la police locale (et même au FBI) pour aller se frotter à la pègre locale sans aucun autre prétexte que celui de protéger la morale et les bonnes mœurs de ses chères petites têtes blondes à qui il enseigne les mathématiques. Il ne venge pas un frère assassiné, ou une fiancée bafouée, non, non. Il protège des garnements qui ont eu le toupet, en plus, de le dessiner à oualpé avec sa future fiancée en train de jouer la bête à deux dos ! Et ce, au péril de sa vie (dont la couverture de la réédition (plus bas) illustre bien le passage de sa petite baignade forcée dans les eaux froides locales).
On retrouve dans ce livre, qui reste malgré tout très agréable à lire (je le précise, pour les esprits chafouins qui penseraient que je me suis ennuyé), les poncifs du genre. Car ne nous voilons pas la face : cette guerre menée contre les crapules qui vendent sous le manteau des livrets pornos à de jeunes pioupious est bien prétexte à bastons, filatures, coups de feu, gorilles patibulaires, tenanciers véreux, pépés pleines de bonnes volontés et sainte-nitouche qui se révèle cheffe de gang. Cette histoire est surtout l'occasion pour l'auteur de nous servir quelques belles diatribes anti-pornographie pas piquée des hannetons, digne d'un curé ou d'un père la pudeur. Je n'ai pas creusé le sujet, mais j'aimerais savoir quelle était la place de la pornographie dans le quotidien des Français de l'époque, deux ans avant que les lois de censure ne soient abrogées en notre beau pays. Comme j'aurais aimé savoir s'il s'agissait pour l'auteur de simple littérature ou d'une foncière prise de position sur le sujet traité.
Nous avons donc droit avec un enfant de chœur à un récit somme toute assez classique dans sa forme (même le twist final ne m'a pas surpris !), agréable à lire, mais qui s'avère n'être pas le roman le plus inspiré de son auteur.
Photo peut-être non libre de droits.
Merci de ma contacter si tel est le cas !

Serge-Marie Arcouët (18 mars 1916 - 28 janvier 1983) était un écrivain nantais prolifique, qui a utilisé plusieurs pseudos durant sa carrière. C'est sous celui de Terry Stewart qu'il se fera connaître : sur les conseils de son ami Thomas Narcejac, il propose son roman La mort et l'ange à Gallimard pour publication dans la fameuse collection "Série Noire". Bingo, ce roman devient le premier d'un auteur français édité dans cette prestigieuse collection (même si Serge Arcouët n'y est mentionné que comme traducteur, subterfuge malin qui brouille les pistes) et remportera un colossal succès.

Mais c'est sous celui de Serge Laforest qu'il écrira le plus, avec pas moins de 80 volumes pour la collection Espionnage et 35 pour la collection Spécial Police au sein de la fameuse maison d'édition Fleuve Noir.


Pour en savoir plus sur cet incroyable auteur, précipitez-vous sur cet excellent article ! (même si je ne désespère pas d'écrire une petite bio pour le présent blog... un jour !)

Un enfant de chœur, par Serge Laforest
Fleuve Noir, collection Spécial Police N°98
Illustration couverture : Michel Gourdon
2ème trimestre 1956. 218 pages
ISBN : néant

Chose plutôt rare chez le Fleuve Noir, ce livre a bénéficié d'une réédition avec nouveau numéro (le 1111) en 1974 et avec une nouvelle couverture, toujours signée de Michel Gourdon :


Un enfant de chœur est ma sixième chronique pour la collection « Spécial Police » de Fleuve Noir.
Lire aussi : Plainte contre XJusqu'au sixième cercleLes croix de ciresY'a bon San Antonio, Jour des morts

jeudi 30 novembre 2023

Jour des morts, par Thomas Cervion

Fleuve noir, Spécial Police - 1953

France, langue française.



Maxime Servin est un peintre talentueux, connu et reconnu, vivant de son art dans la ville de Toulon. Il a la quarantaine et a la chance d'être l'époux d'une magnifique femme aimante de dix ans sa cadette, dont il est fou amoureux en retour, et ce depuis le premier jour.
Sa vie, il la partage entre son atelier, son foyer et la maison de ses amis qu'il aime rencontrer.
D'ailleurs, il vient de les quitter, après les avoir invités à venir en soirée pour admirer sa dernière œuvre : un portrait de son épouse qu'il juge lui même magnifique.
Quelle n'est pas sa stupeur de retrouver sa maison vide à son retour ! Vide de celle qu'il aime, qui lui a laissé un mot d'adieu dans lequel elle l'informe de sa décision de partir avec un autre homme.
Commence alors son inéluctable descente aux enfers...

Je pioche encore une fois au hasard de ma collection de polars made in Fleuve Noir qui, jusqu'à présent, ne m'a jamais déçu. Une fois de plus, je me suis laissé tenter par l'ancienneté du livre et sa toujours magnifique couverture d'un autre temps signée Michel Gourdon. Et ce qui m'a fait de l’œil pour le coup, ce sont les croix du cimetière qui, avec ce visage de femme endeuillée, illustrent parfaitement le titre (même si la lecture nous montrera qu'il n'y a ni mystérieuse veuve éplorée ni cimetière...).
L'histoire débute par cette visite du héros chez ses amis, qui prend congé d'eux en les invitant à venir admirer sa dernière croûte en fin de journée. Puis - comme relaté en introduction - la découverte du mot de celle qu'il aime et la chute de cet homme pourtant heureux, jouissant d'un bonheur matrimonial qu'aucune ombre ne semblait devoir ternir.
Oui, la trame est classique : un homme trompé, bafoué, abusé qui va vouloir tout faire pour se venger de son épouse qui l'a quitté. Oui, mais...
Après ces quelques pages nous décrivant son déclin, sa femme revient, tout en repentir, et le héros se félicite de n'être pas allé trop loin. Oui, mais...
Car il y a bien un nouveau oui, mais... qui cette fois, après ce qui n'était qu'une petite bousculade, précipite définitivement Maxime dans le gouffre sans fond de l'horreur.
Il se trouve embarqué dans une histoire hallucinante de trafic, de tromperies, de double-jeu.
Il boit, pour calmer ses nerfs.
Il perd totalement le goût à la peinture.
Devient un salaud, abusant de la gentillesse de la femme de son meilleur ami.
Il boit, encore, pour toujours essayer de calmer ses nerfs mis à rude épreuve.
Tu. De sang-froid. Machiavélique assassin, qui pourtant a conscience du mal.
Cache les corps. Aide la police dans l'enquête sur la disparition de son épouse.
Bois. Bois pour essayer de ne plus trembler. Bois encore, toujours, toujours trop.
Abuse de la confiance de son meilleur ami après avoir abusé de sa femme.
Devient maître chanteur.
Sombre dans ce que l'âme de l'homme a de plus odieux, de plus ignoble. Ne ressent plus aucun remords.
Pour se trouver confondu par un mort qui, finalement, n'est pas du tout mort.
Ne peut alors échapper à la police, à la justice... et s'en échappe pourtant, par la seule voie possible...
L'auteur nous offre ici un livre d'une noirceur extraordinaire, dans lequel il nous dépeint cette chute phénoménale d'un monsieur tout le monde. Personnage banal qui pense maîtriser le cours des événements qui, inéluctablement, le pousse à commettre crime sur crime. Et qui termine comme il se doit, au fond de l'impasse dans laquelle il s'est enfoncé au fil des pages.
Un livre - un de plus ! - qui fait honneur à la qualité des œuvres proposées par cette collection, que je vous invite à découvrir ou à redécouvrir.


Thomas Cervion (1921 / 2003), de son vrai nom Louis Thomas Cervioni était un écrivain de polars prolifique, qui a remporté le fameux pris du Quai des Orfèvres en 1957 et le prix Mystère de la critique en 1976. Jour des morts est son premier roman, le seul publié chez Fleuve Noir, (il a été réédité chez Denoël depuis). Signant aussi sous les pseudonymes de Louis C. Thomas (le plus connu) ou plus simplement Louis Thomas, il fut scénariste de nombreux épisodes du feuilleton télévisé Les cinq dernières minutes.

Jour des morts, par Thomas Cervion
Fleuve Noir, collection Spécial Police N°41
Illustration couverture : Michel Gourdon
3éme trimestre 1953. 221 pages
ISBN : néant

Jour des morts est ma cinquième chroniques pour la collection « Spécial Police » de Fleuve Noir.
Lire aussi : Plainte contre X, Jusqu'au sixième cercle, Les croix de cires, Y'a bon San Antonio,

mardi 7 novembre 2023

Y'a bon San-Antonio, par Frédéric Dard

Fleuve Noir, Spécial Police, 1961 (réédition 1971)

France, langue française.

 


Pinaud, dit Pinuche, dit Pinuchet vient de présenter sa démission (pour la troisième fois), et elle a était acceptée (pour la première fois). Bérurier écroule sa bedaine sous un flot de larmes intarissables et San-Antonio, qui pourtant en a vu d'autres, se sent lui même un peu désœuvré. Mais Pinuche est heureux : il a hérité d'un bar, son rêve de toujours, où il va pouvoir arroser ses potes. Et puis c'est décidé : il va y avoir un sacré pot de départ, où la bouffetance sera aussi abondante que le pinard coulera à flot et durant lequel Béru va même offrir un mémorable spectacle de magie !
C'est dans la doublure du costard loué pour la circonstance par le gros que San-Antonio trouvera tout à fait par hasard un message griffonné sur un petit bout de carton qui l’embarquera dans une enquête palpitante aux confins du Congo, accompagné des inévitables acolytes de toujours, Bérurier et... Pinuche, embarqué bien malgré lui dans ce périple africain.

Il n'est jamais trop tard pour découvrir les bienfaits de la vie. Je suis loin d'avoir tout lu, tout vu, tout bu, mais je suis heureux d'avoir investit quelques heures de lectures dans ce bouquin blindé de bons mots, de drôleries, de ce verbe si particulier qui a fait le succès de cette série unique en son genre. Des bons mots, de la cocasserie, du déjanté, chaque page en propose. C'est une véritable mine de diamant humoristique à l'état brut. Mais ne nous méprenons pas ! Enquête il y a, et quelle enquête ! Et l'action ? Omniprésente, que ce soit lors de la représentation mémorable de Bérurier et de ses tours de passe-passe foireux, ou encore dans la jungle où réside les Oussoboukos, tribu cannibale enchantée à l'idée de boulotter du Béru et du Pinaud.  Il y a aussi ce dévouement du commissaire toujours prêt à durement payer de sa personne pour faire parler la blonde de l'histoire - loin cependant d'être totalement innocente - et ne dormant que peu pour dénouer les nœuds pourtant bien serrés du mystère de ce diamant disparu. Quelle blonde ? Quel Diamant ? Je ne vous en ai pas parlé dans mon petit résumé, plus haut ? Ah non. Et bien, lisez ce bouquin, vous comprendrez !
Bon, on ne présente plus le commissaire San-Antonio, figure emblématique, voire icône absolue du polar d'une certaine époque. On ne présente plus non plus ses acolytes, surtout Bérurier qui est une légende à lui tout seul. Et puis si vous ne connaissez pas, ce n'est pas moi qui vous les présenterai, d'autres s'en sont chargé à merveille, avec ce souci tatillon du fanatique absolu (visitez donc la page des amis de San Antonio) et du collectionneur assidu (c'est par là pour le commissaire). Moi, dans cette histoire, face à cette œuvre grandiose, je ne fais que passer, visiteur accidentel (mais oh! combien réjouis !) dans cet univers du grand Art qu'est le truculent est exceptionnel langage du grand Dard.
Quand un gars, sur un vide-grenier, m'offre des bouquins (que dalle, cadeau, nada), j'ai beau m'être juré de ne pas tomber dans la spirale infernale (plus de 180 bouquins) de San-Antonio, ben, j'y tombe quand même. Et je remercie ce bienfaiteur qui m'a permis de goûter (enfin ! (oui, je savais que je flancherais un jour)) aux joies des saveurs particulières distillées par Frédéric Dard dans son œuvre. Bon, je suis foutu, j'ai adoré et je suis condamné, mais pas trop damné, à en lire d'autres. Parce que, hé, pourquoi bouder son plaisir sous le prétexte aussi futile que non recevable d'une vie trop courte et d'une mort certaine qui me privera toujours trop tôt des plaisirs de la lecture ?

Cette chronique a été rédigée en mai 2016, revue ce jour pour publication... autant dire que j'en ai lu d'autres, des San-A depuis !


Frédéric Dard, c'est Frankenstein à l'envers : pour le quidam peu regardant, le monstre de l’œuvre de Mary Shelley porte le nom du docteur qui l'a créé. Ici, le monstre populaire qu'est San-Antonio a longtemps était confondu avec son auteur. Un peu aussi par volonté de l'éditeur qui, assez rapidement, ne fit plus mention de l'auteur sur la couverture, le nom du commissaire y prenant une place importante. Cependant, réduire l’œuvre de ce génie à son personnage le plus populaire serait une erreur grossière. Avoir le talent de faire dans la gaudriole et le calembour c'est faire montre d'une maitrise de la langue française particulièrement aiguë. Ainsi donc, face aux révélations des quelques recherches faites pour cette chronique - même si je savais déjà bon nombre de choses sur l'auteur et son œuvre (ma mère quand elle lisait était une inconditionnelle de San-Antonio) - et aussi par le biais de lectures ultérieures,  j'ai vu croitre en moi une furieuse envie de découvrir ses livres plus sombres, appelés par Frédéric Dard lui même les Romans de la nuit.

Y'a bon San-Antonio, par Frédéric Dard
Fleuve Noir, Spécial Police N°265
Illustration couverture : Bren
1961 (Réédition 1971). 254 pages
ISBN : néant

J'ai lu ce livre dans ce qui semble être sa troisième édition. Voici les couvertures des deux précédentes du génialissime Michel Gourdon :

Première édition - 1961 Seconde édition - 1967

Y a bon San-Antonio ! est ma quatrième chronique pour la collection « Spécial Police » de Fleuve Noir et la première dans la série des San-Antonio (ce qui voudrait bien laisser penser qu'il y en aura d'autres).
Lire aussi : Plainte contre X, Jusqu'au sixième cercle, Les croix de cire,

lundi 6 novembre 2023

Le repaire des monstres, de Bruce Coville

Haute Tension, collection Spectres - Hachette

Etats-Unis, langue anglaise, traduction en langue française.


Ils sont sept, ils sont jeunes, ils aiment bien se retrouver de temps en temps pour faire des parties de jeux de rôles. L'un d'entre eux, passionné, vient justement d'acquérir un jeu encore inédit, que personne n'a jamais joué. Ils se donnent alors rendez-vous dans une maison inhabitée depuis des lustres pour se mettre dans l'ambiance de ce repaire des monstres.
Mais Gerry Wyman, le maître de jeu, perd le contrôle de la partie et ils se retrouvent tous prisonniers de la maison qu'ils ne pourront quitter que s'ils arrivent à mettre la main sur des objets magiques éparpillés dans la demeure. Ils vont bientôt découvrir qu'ils ont été propulsés dans un monde parallèle, Quarmix, où attendent de vrais sorciers menés par Mornemkull, enfin à deux doigts de pouvoir lever le bannissement qui les retient prisonniers de cette dimension...

J'ai repris le jeu de rôle depuis quelques mois, ce qui a fait que je me suis plongé dans l'un des nombreux livres qui forment les montagnes hallucinantes et qui se languissaient d'être enfin considérés. Et ce livre, ça n'est pas le repaire des monstres, mais le seigneur des anneaux.
Sauf qu'un matin, bim, boum, sans crier gare, une envie soudaine s'est fait ressentir ! Celle de reprendre la lecture de cette (magnifique) collection l'heure de l'angoisse !
Du coup, j'ai trouvé amusant de retourner à cette quête de lire toute la collec' en commençant par cet emblématique repaire des monstres. J'ai donc reposé le seigneur des anneaux...
Ai-je bien fait, amis lecteurs, amies lectrices ? Lisez la suite pour le savoir !
Le début de cette histoire, c'est un peu comme l'Ancien Testament, mais version Harlequin : c'est plein de personnages, qui explique que machin sort avec bidule et que truc est amoureux d'une autre bidule mais n'ose le dire. Alors, bon, il me faut tout de même mitiger le propos, amis lecteurs, amies lectrices. Car là où la bible nous demande la lecture de dizaines de pages, il nous faut ici que trois petites pages. C'est peu. Mais comme ce sont les premières, ben on a presque envie de partir en courant ! Mais encore une fois, c'est bien de ne pas le faire...
Alors, bon, cette reprise ne s'est pas faite en grande pompe. J'aurais pu tomber mieux, comme j'aurais pu tomber bien plus mal (je vous entends au fond, à murmurer John Sinclair, vilains !). Mais avec cette couverture et un sujet pareil, j'étais obligé ! Un tentacule, une épée, des jeunes qui font un jeu de rôle grandeur nature, juste incontournable !
Car la bande d'ados se trouve très vite, à l'initiative du Maître de jeu (appelé plus couramment MJ par les initiés rôlistes), dans une demeure isolée à faire un grandeur nature. Dans la bibliothèque. Parce que toute demeure abandonnée qui se respecte se doit de posséder sa bibliothèque aux rayonnages garnis de vieux livres qui fleurent bon la magie noire (j'aurais d'ailleurs été amusé que les personnages y trouvent le Necronomicon, mais non).
Au début, le MJ, il a juste éparpillé quelques objets dans cette vieille demeure : un bracelet, une épée, un vieux bâton et une canne... et aussi un pouêt-pouêt en forme de pieuvre, pour faire peur (!). Le but de chaque groupe de joueurs étant de retrouver ces objets, car ils sont magiques (hormis le pouêt-pouêt). C'est écrit dans le livre du jeu de rôle.
Sauf que bientôt, la bande de jeunes se retrouve téléportée dans un univers parallèle et de grandeur nature, il passe à Grandeur Réalité. Chacun des personnages détient un pouvoir spécifique que chaque joueur se voit donc maîtriser réellement.
Du coup, de la cave au grenier, ils vont chercher ces objets. Et devront affronter de vrais ennemis, qu'ils sont contraints de vaincre sinon, ben, ils seront maudits.
Parce que ce jeu de rôle inédit, découvert par hasard lors d'un salon, il a été dicté au créateur par de vrais sorciers, bannis sur ce plan parallèle, pour pouvoir revenir dans notre monde afin d'asservir l'humanité tout entière (rien que ça) parce qu'ils sont super forts.
Oui, mais pas aussi fort que cette bande de trous du ... qui font mumuse.
Et puis, il faut dire aussi que ces derniers, ils sont aidés d'un "gardien" (la fausse pieuvre pouêt-pouêt qui devient une créature vraie de vraie, qui a des tentacules et qui saigne vert quand elle s'en fait arracher un ou deux...) Ah oui, il y a aussi le fantôme d'une servante décapitée qui erre à la recherche de sa tête et de ses os calcinés... et ça, ça n'est pas écrit dans le livre de jeu de rôle. Donc on peut dire que les joueurs ont vachement de pot de tomber dans une maison hantée par une gentille fantôme qui est prête à les aider. Un figurant (PNJ pour les initiés rôlistes) vachement pratique en quelque sorte.
Bref, la petite bande s'en sort indemne, parce que les vrais sorciers, quand même, depuis les siècles qu'ils attendent assis sur le bord de leur plan parallèle, ben ils ont dû vachement s'encroûter pour se faire avoir par des gamins !
Donc, à la fin, la maison elle brûle, les vilains restent là où ils étaient, et les jeunes s'en vont avant l'arrivée des pompiers.
Fin
... à non, y'a un épilogue ! Parce qu’il y a un autre abruti de MJ qui a acheté le jeu et qu'il est super impatient de le faire jouer à ses amis !
Bon, lecture sympa, même si quand même un peu bordélique dans la narration, avec des personnages un peu n'importe nawaq, des sorciers à deux balles. Mais ça se lit vite. J'aurais aimé qu'il n'y ait pas cet épilogue franchement évident et du coup vachement évitable !
En guise de conclusion, pour le plaisir de tous, voici quelques extraits qui permettent de dater ce texte à une époque où les jeux de rôles souffraient d'une réputation pas super-méga-bonne. Ah, et puis pour rire un peu, quand même :
- La plupart des filles qu'elle connaissait sortaient avec des passionnés de football. Et voilà qu'elle s'était prise d'intérêt pour un fou de jeux ésotériques".
- Alors que ses copines sautaient et hurlaient dans les gradins des stades, elle jouait à faire semblant de croire aux pouvoirs mythiques de personnages de la troisième dimension" (grande estime de la gent féminine et une incursion dans cette dimension qui nous est perceptible à tous. Peut-être voulait-il parler de la quatrième ?)
- Le garçon était tellement plongé dans l'univers fantastique de ces jeux qu'il confondait souvent ce dernier avec la réalité..." Ben tient, voilà l'argument le plus utilisé par les détracteurs de l'époque. Choisi ton camp, camarade écrivain !
Bref, un bouquin amusant, à redécouvrir par les joueurs ou les MJ qui auraient besoin de souffler entre deux campagnes de l'appel de Cthulhu ou de Donjon et Dragon.
Mais c'est pas obligé, non plus, quand même, hein !


Bruce Coville est un auteur américain né à Syracuse en 1960. On lui doit principalement des romans de science-fiction pour enfants.
Pour la collection Twilight: Where darkness begins, il a signé deux romans : l'amulette ensorcelée (dont je vous parlerai bientôt, si les vents me sont favorables) et le repaire des monstres chroniqué ici. En France, on peut aussi lire de lui la série en quatre parties Mon prof est un extra-terrestre.
Il a reçu en 2000 le prix littéraire E. E. Smith Memorial (aussi appelé prix Skylark, décerné aux auteurs ayant apporté une contribution importante à la science-fiction).

Allez, hop!, la petite couverture originale qui va bien :


Quatrième de couverture :
Derek tenta de se relever, mais un tentacule gluant s'enroula autour de ses chevilles.
« Jenny ! hurla-t-il. Aide-moi ! »
Déjà le monstre attirait le garçon vers sa gueule en émettant un horrible bruit de succion...
Les six amis avaient décidé d'organiser dans cette vieille demeure abandonnée, un sinistre jeu de rôles grandeur nature.
Mais malheur aux perdants, car la règle était formelle : « Si vous échouez, vous périrez ! »
...

Le repaire des monstres, par Bruce Coville
Hachette, collection haute tension – spectres N° 214
Traduction de Philippe Rouard
Titre original: Spirits and Spells, collection Twilight: Where Darkness Begins #15
Illustration de couverture : Richard Martens
Janvier 1986. 148 pages
ISBN : 9782010118470


Le repaire des monstres est ma treizième chronique pour la collection "Haute Tension" .
Lire aussi : "Cercle infernal", "La chambre aux maléfices", "le salon de l'épouvante", "Menaces", "Sommeil de mort", "Vampires en pire", "La terreur des Tongs", "Les fantômes du marais", "Le trésor des druides", "Roses rouge sang", "Attirance", "Danse Macabre"